• Héritage paternel

    CHAPITRE 2

    TRANSMISSION PATERNELLE ROBUSTE ET CHAMPETRE

    Concernant mon héritage paternel j’ai longtemps sous-estimé la richesse des valeurs qui m’ont été transmises. J’ai enfin pris conscience du côté indispensable pour moi de cet héritage génétique. Je le ressens certes comme très éloigné des valeurs reçues de ma branche maternelle. Cette hérédité paternelle m’a apporté une stabilité physique confortable concernant mon projet de vie, tel que je le réalise aujourd’hui. Mon père était une personne discrète, simple, sensible et pleine de bon sens. Dénué de toute recherche culturelle, artistique et intellectuelle, sa divinité à lui était Dame Nature. Il était jusque dans l’âme, pêcheur, chasseur et même braconnier à l’occasion. Il était très amateur de sport et de rugby en particulier. C’était un très bon vivant qui faisait voler les poules au passage en trombe de sa Citroën décapotable rouge. Il était comme celui qu’on voyait à l’époque sur la réclame avec son écharpe au vent, son bonnet de cuir et ses lunettes lui mangeant le visage. Après un séjour à Paris avant guerre, époque où il exerçait le métier de chef de rayon chez Félix Potain, il était redescendu en Corrèze où il excella jusqu’à sa mort comme représentant en épicerie fine et surtout dans le domaine des beurres et fromages. Mon père a eu une longue vie secrète de célibataire endurci et ne s’est marié que très tardivement, un peu par la force des choses, parce qu’il était de mauvais goût de rester indéfiniment seul dans ces années-là. L’opportunité s’est présentée à lui sur un plateau d’argent lorsque mon grand-père maternel lui a fait une proposition que je dirais presque commercial, en tant que voisin. Il avait sa fille à marier, vieille fille elle aussi, ressemblant plutôt à Cendrillon, mais très bien dotée, avec le château et la ferme en prime. Ça ne se refuse pas disait-il. La négociation est allée rapidement jusqu’à son terme. Ma mère n’a pas eu grand-chose à dire. C’était la coutume à cette époque en Corrèze. Sans méchanceté aucune, je crois bien que mon père n’a jamais été le prince qu’elle attendait ? Mais une fois encore et jusqu’au bout elle avait fait son devoir et devait vivre cette expiation pour soutenir la croix et pouvoir accéder enfin plus tard à son paradis. Sans m’en rendre compte, j’ai donc hérité de cet aventurier champêtre cette nature optimiste et affranchie qui me caractérise. Je m’aperçois que cela a été l’origine de cette solidité qui m’a permis de traverser beaucoup d’épreuves avec presque de la joie. En tant que chasseur, mon père aimait beaucoup les chiens et j’ai grâce à lui pu mieux connaître ce noble et fidèle compagnon. Mon papa était un chasseur de petit gibier : lièvres, lapins, faisans et perdreaux. Il m’amenait très souvent avec lui et c’était l’occasion de découvrir la forêt, la campagne et les fermes, à travers ces merveilleux sentiers des Causses de Corrèze et du Quercy. Les Causses sont des régions calcaires où le sol absorbe très facilement la pluie et l’humidité. En toute saison le randonneur a toujours l’impression que le terrain y est sec. La végétation est une sorte de garrigue composée essentiellement d’arbustes et de petits chênes rabougris. Le paysage y est parcouru par un réseau infini de merveilleux petits chemins blancs et poudreux. Les parcelles agricoles sont séparées par des murets bas fait de pierres sèches sans jointure et qui sont appelées ‘‘ lauzes ‘‘ .  Les bergers d’antan montaient facilement avec ce matériau des huttes à la forme oblongue appelées ‘‘ bories ‘‘ .  Il en reste encore quelques beaux spécimens bien conservés. Ces paysages de Causses me rappelaient les photos et les dessins que j’avais vus chez tante Céline dans sa bibliothèque et qui représentaient la lointaine Palestine. Ma surprise fut immense lorsque j’appris bien plus tard que de nombreux disciples de Jésus étaient venus directement s’installer là dans ces Causses après avoir remonter le sillon rhodanien. Pourquoi faire un tel voyage ? Et surtout quel rapport avec les événements qui furent à l’origine de l’ère chrétienne ? Comment un tel secret a-t-il pu échapper aux historiens ? Ce n’est que récemment que j’ai pu lever le voile sur ce mystère jalousement gardé par les théologiens.

    Les dieux du stade…de rugby
    Je suis enfin reconnaissant aussi à mon papa de m’avoir initié à ce noble sport d’équipe qu’est le rugby. J’ai eu le plaisir de le transmettre à mon fils qui l’a lui-même retransmis à mes deux petits enfants. C’est un sport très éducatif qui fait appel à d’importantes qualités essentielles pour la vie en groupe. J’ai commencé la pratique du rugby à 14 ans au sein du prestigieux club de Brive-la-Gaillarde/Corrèze, nommé aussi : C.A.B. J’y suis resté jusqu’à l’âge de 20 ans. J’ai fait aussi parti, pendant quelques années, du Club de rugby de la Faculté de Toulouse où j’ai eu le privilège de côtoyer l’élite des joueurs de l’époque. A la même époque aussi, à Toulouse, dans le collège où j’étais maître d’internat j’ai eu le privilège de pouvoir coacher de jeunes élèves qui voulaient pratiquer ce sport. Ce fut le cas de l’un d’eux devenu très médiatique aujourd’hui : Dominique de Villepin dont je conserve un souvenir particulier comme vous le découvrirez plus loin. Qui dit rugby dit surtout mêlée. Des psychologues ont attiré mon attention plus tard sur le fait que le cœur du jeu de Rugby est la mêlée fermée. Issue de l’ancien jeu de la Soule, elle symbolise la matrice sous tension et le fœtus conquérant, ou ballon ovale, cherchant à sortir. Pour ceux qui ne le savent pas 16 joueurs s’y affrontent, 8 contre 8, têtes baissées et poussant le plus fort possible. Les deux premières lignes supportent une pression colossale. Chacun des piliers reçoit ainsi sur ses épaules, durant une demi-minute, l’équivalent de 80 à 120 kg de poussée, soit 40 à 60kgs par épaule. Le nombre de mêlées durant un match est de l’ordre de la vingtaine au moins. J’ai personnellement adoré ce poste qui demande des qualités de résistance et d’abnégation digne d’un mineur. De là l’expression ‘‘ aller au charbon ‘‘ pour arriver à extraire le ballon ou le faire accoucher. N’est-il pas remarquable qu’après une naissance plutôt compliquée, j’ai consacré des années de ma vie à ‘‘ jouer ‘‘ pour savoir extraire facilement les ballons de cette mêlée. Beaucoup plus tard j’ai compris combien les automatismes et qualités du rugby m’avaient aidé face aux épreuves dans ma façon de résister, de voir la vie comme un défit et de savoir aussi porter des responsabilités sur mes épaules. Pour terminer ce paragraphe ‘‘ rugby ‘‘ je ne peux que conseiller à tous les parents qui veulent donner toutes les chances de réussite à leurs enfants, de ne pas hésiter à associer le sport et les études. L’indispensable connaissance de soi peut commencer avec le sport si l’enfant bien sûr accepte cette voie. Je ne cacherai pas le côté sombre que peuvent craindre les parents. J’ai moi-même franchi la ligne rouge des excès de la 3ème mi-temps et je reconnais que j’ai commencé là à découvrir une bien étrange protection personnelle. Moi-même et un nombre important de mes copains avons eu des accidents en état d’ébriété très avancée. Beaucoup trop sont morts ou restés fortement handicapés. Je reconnais que chez moi cette pulsion à croquer la vie à pleine dent m’a conduit rapidement à l’alcoolisme et tous les problèmes annexes. Ce que j’ai constaté c’est que je suis passé sans dommage très près d’incidents de toute sorte telle de violentes rixes par exemple. J’ai bénéficié miraculeusement d’une protection qui m’a toujours surpris. J’ai pensé au début que j’avais beaucoup de chance avant de découvrir qu’elle n’existe pas. Dans ce début de ma vie de jeune homme je n’avais pas encore pris conscience de cette présence subtile en moi qui m’avait guidé depuis ma naissance et qui n’allait jamais cesser de veiller sur moi. Comme vous allez le voir en détail dans le chapitre suivant, si ma mère m’a sensibilisé à la nocivité fatale de la culture catholique décadente, mon père quant à lui m’a donné les ressources pour faire face aux épreuves que comportait un projet de vie qui m’était encore complètement inconnu. Si je me comparais à un arbre ma mère m’aurait donné les branches et mon père les racines.

    Les 100 familles capitalistes de Papa
    Culturellement mon papa ne s’était donné aucun moyen lui permettant de faire des choix car il n’avait aucune connaissance. Politiquement il était bien incapable de choisir aussi son camp. Je crois même qu’après la guerre de 39-45, c’était très difficile pour lui de se situer parce qu’il n’avait jamais pris parti ni pour Pétain, ni pour la résistance. Il m’a transmis cependant une bien curieuse croyance politique ramenée de ces années parisiennes. A savoir une théorie extravagante qui disait qu’il y avait une centaine de familles capitalistes très puissantes qui possédaient en secret la totalité de l’argent du monde. Ils se réunissaient pour prendre toutes les grandes décisions telles que les guerres, les crises financières, les grandes élections et même les grandes épidémies. C’étaient eux les Maîtres du monde au dessus des religions et des états. Mon papa donnait du crédit à cette hypothèse parce qu’il avait fait son service militaire et le début de la guerre à la frontière Suisse. De par sa fonction d’informateur, il aurait été le témoin de transaction en tout genre prouvant cela. Ma réaction à l’époque était que je ne retrouvais pas cette théorie dans aucun de mes livres d’histoire et que les personnes savantes de mon entourage éclataient de rire en entendant cela. La réponse la plus acceptable qui m’ait été faite étant que les communistes montaient ce genre de propagande pour justifier leur internationale socialiste et venir sauver le monde. Compte tenu de la pauvreté culturelle de mon papa je n’ai donc jamais apporté aucun crédit à sa croyance. Elle provoquait de plus chez lui et envers tous les hommes politiques un extraordinaire mépris qui n’avait d’égal que la méfiance qu’il avait aussi pour l’ensemble du clergé. Comment aurais-je pu deviner que je découvrirai moi aussi, cinquante ans après, la très grande sagesse de cette croyance ? Cette connaissance très ésotérique lui a malheureusement coûté en même temps très cher, jusqu’à le ruiner. Comme il étendait aussi ses suspicions au système bancaire, il avait fait tous ses placements auprès de particuliers, d’entreprises, de notaires, d’hommes d’affaires, agents immobiliers et autres escrocs qui poussaient à cette époque en Corrèze aussi bien que les champignons. En conséquence et régulièrement une partie de son patrimoine était détourné. Ces pertes provoquaient chez lui le besoin impératif de se ‘‘ refaire ‘‘ avec des taux plus élevés et plus risqués encore. Son épargne relativement importante au moment de son mariage et lors de notre naissance avait presque entièrement fondu quand il est mort, alors que ma sœur Anne et moi étions devenus adultes et entrions dans la vie active. Cette erreur de gestion chronique, allant jusqu’à la disparition du patrimoine familial a représenté un problème majeur que nous n’avons jamais pu complètement résoudre. Dit autrement, ma sœur et moi avons dû toujours travailler dure et gagner notre pain à la sueur de notre front, alors que nous aurions pu être aisés comme tout le reste de la famille. Je dirais que concernant mes deux parents, sans vouloir les juger, je ne pouvais que faire le triste constat suivant : autant ils avaient été à l’aise dans la société rurale qui s’achevait, autant ils ne comprenaient absolument rien au monde moderne et américanisé d’après guerre. Cette inadaptation quotidienne a constitué pour eux une sorte de fin du monde qui les a plongé dans une profonde tristesse jusqu’à la dépression et même la mort pour mon papa. Ma sœur et moi avons instinctivement choisi l’exil pour ne pas être contaminés par ce mal trop contagieux. Nous sommes donc montés à Paris comme beaucoup de jeunes provinciaux. Le côté positif de cette faillite était que nous avons essayé de comprendre ce qui nous était arrivé. Nous avons ainsi relativisé ce drame car cet extraordinaire échec n’était pas le fait de nos seuls parents, mais aussi celui de toute une partie de cette ancienne société agricole traditionnelle qui avait sombré en quelques années. L’actualité m’a donné alors entre les années 80 à 2000 un très bel encouragement pour opérer une réparation et un retournement de situation. J’ai suivi l’exemple d’un jeune homme dont le profil était identique au mien. Il était aussi né à Brive, à la même époque, nous avions fréquenté le même club de rugby, des écoles voisines et nous connaissions les mêmes gens sans nous connaître intimement. Issu d’une famille corrézienne, catholique, bourgeoise et aisée, tout comme pour moi, sa mère avait été malheureusement bannie du clan familial pour non respect de la morale chrétienne. Contrairement à moi ce garçon était de père inconnu. Sans le sou, la même année que moi, il était monté à Paris pour tenter sa chance dans le music-hall. Il est devenu Patrick Sébastien. Son parcours ensuite, bien que très différent du mien, m’a inspiré pour ce qui est de la réussite dans mon projet tel que vous allez le découvrir.


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