• Paris tenu ma ville lumière

    CHAPITRE 5

    PARIS TENU MA VILLE LUMIERE

    Après quelques conversations téléphoniques avec l’oncle Albert au sujet de ma venue en région parisienne, il s’est avéré que ses affaires ne permettaient pas une intégration immédiate au sein de sa si petite entreprise. Néanmoins mon irrésistible attraction pour la Ville Lumière me fit prendre la décision de ne pas attendre plus longtemps. L’invitation de l’oncle n’était donc qu’un prétexte et un feu vert qui me servirent de tremplin. Ma véritable motivation provenait du fait que j’avais pris conscience que la vie provinciale était beaucoup moins riche en possibilités d’études. J’avais la certitude que l’opportunité d’avoir des réponses à mes 7 questions existentielles serait beaucoup plus grande à Paris carrefour international et historique de la culture du monde. Un nouveau Rastignac balzacien partait donc à l’assaut des salons parisiens. J’avais en tête cette quête très utopique : rechercher l’axe du monde autour duquel tournaient tous les cercles de l’activité humaine selon la vision rapidement apparue dans la bibliothèque des Bons Pères. Je n’avais aucun capital sauf un minuscule pécule, ni aucune relation hormis l’oncle et aussi un autre personnage très haut en couleurs, ma vieille Tante Sarah qui allait sur ses 90 ans et représentait à elle toute seule une encyclopédie parisienne. Voilà donc comment un matin de Janvier 1972 j’ai chargé dans ma Dina Panhard de 1958 une cantine en fer comprenant quelques frusques et suis parti sur la nationale pour atteindre la Capitale. Tout le long du trajet je me sentais très enthousiaste de la vie qui s’ouvrait devant moi, même si quelques spasmes d’angoisse venaient parfois me glacer le sang beaucoup plus encore que le courant d’air gelé de ma vitre entrouverte. Une fois arrivé, j’ai senti comme des portes de forteresse pour ne pas dire de prison se refermant sur moi. Ce n’est qu’une fois dans les embouteillages que j’ai réalisé que c’était là un véritable déracinement. Je m’étais livré tout seul dans la gueule affamée de la bête qui m’a trouvé ensuite dans les semaines qui suivirent une petite place dans son estomac. Comme j’avais la fierté de mes 20 ans passés je décidais de m’assumer complètement avant de me présenter à ceux qui représentaient ma famille. Pour ne pas trop subir cet intense enfermement urbain que je n’avais encore jamais connu à un tel niveau, j’ai choisi le quartier le plus aéré et agréable possible, celui du Champ de Mars. Mon premier succès encourageant a été de trouver une petite chambre de 9 m² qui ressemblait à une bonbonnière et avait vue sur la Tour Eiffel, la Seine et le Trocadéro. 99,90% des habitants de ma rue était richissimes et je faisais parti des autres 0,10%. Je n’avais aucun complexe et privilégiais ma tranquillité avant tout.

    Vendeur de casseroles de luxe
    Concernant la recherche d’emploi je n’étais pas inquiet du tout car j’avais des références comme on dit. Avant de quitter Toulouse j’avais bien pris soin de me faire délivrer des certificats d’aptitude par tous les établissements où j’avais suivi des cours. Connaissant quelques secrétaires aussi sympas que distraites j’ai découvert comment une seule année supplémentaire pouvait se réduire à un coup de tampon suivi d’une signature et d’une bise. On ne peut pas faire moins cher. Je découvrais de plus en plus que ce monde n’était pas sérieux. Le marché du travail connaissait des années encore fastes car le 1ier choc pétrolier n’avait pas encore jeté son premier voile oriental sur l’économie. Je me suis donc présenté un matin à l’agence de l’emploi de mon arrondissement. Après 30 minutes j’ai obtenu deux fiches pour me présenter à deux postes commerciaux. J’ai pris rendez-vous avec celui qui me plaisait le plus. Je devais me rendre dans le 13ème arrondissement près de la place d’Italie pour un poste d’inspecteur commercial. C’est une fonction qui n’existe plus de nos jours. Elle est remplacée par les rapports informatiques et d’autres missions marketing telle ‘‘ chef de produits ‘‘ .  A l’époque les entreprises avaient suffisamment de marge pour faire des inspections de leur réseau d’agents et de leur clientèle. L’entreprise où je devais me présenter appartenait au Groupe De Wendel-UGINOX et fabriquait de l’acier inoxydable, en particulier des enjoliveurs de voiture pour Citroën dont la fameuse DS, ainsi qu’une série culinaire très haut de gamme pour l’hôtellerie et pour les grands quincailliers que l’on trouvait souvent en face de la cathédrale sur les places des préfectures. La directrice commerciale en était une femme aussi grande qu’élégante. Elle ne se séparait jamais de son Teckel à poil ras et j’ai su par la suite que son père avait été Général. Elle m’a fait remplir une fiche et m’a posé quelques questions comme il se doit. D’un regard elle me fit comprendre que j’avais des atouts certains. Elle a souhaité aussitôt me présenter au directeur général, un homme âgé avec un monocle qui dégageait autant d’autorité que de noblesse. Il avait été une gloire militaire qui s’était illustré dans la fabrication d’obus. Je fus très impressionné. Pour enjoliver son offre et vanter la force nationale de son entreprise il s’est aussi présenté comme l’ami du très médiatique fondateur de la société Moulinex, l’ingénieur Jean Mantelet. Son entreprise était la filiale d’un holding puissant dont le Président du directoire était le très noble baron Seillière appartenant à l’illustre famille De Wendel. Le groupe existe encore aujourd’hui mais sous le nom Arcelor-Mittal et sa filiale appartient aujourd’hui à Guy Degrenne. Curieusement c’était lui qui me faisait la publicité de son entreprise et du poste alors que je m’attendais à devoir défendre mon image avec bec et ongles. Je compris alors très vite que mon CV présentait pour lui un très grand intérêt et qu’il me voulait absolument. Ebloui par le charisme de cette éminence j’en oubliais stupidement de négocier ma rémunération. Je fus embauché sur le champ. Mon nouveau patron aurait dit plus tard parait-il : << Un gars célibataire sortant de chez les jéses, qui a fait du rugby et qui habite à la Tour Eiffel, ça ne se rate pas >>. Telle était la France de l’époque. J’ai découvert que c’était un poste qui couvrait toute la France et la Belgique avec des tournées régionales d’une semaine. Je serai confié aux divers chefs de région et tournerai avec les VRP. Je serai responsable d’un grand véhicule de démonstration contenant toute une prestigieuse collection culinaire. J’animerai des stands sur les salons dont le plus important était celui des Arts Ménagers se tenant à l’époque à La Défense. Enfin mission centrale du poste je devais faire des rapports hebdomadaires qui se sont avérés par la suite délicats car j’étais inspecteur plus que vendeur et je devais donc bien inspecter ce qui de temps en temps me coûtait un peu quand il fallait dénoncer des abus. Mais que demander de plus pour un premier emploi. Durant 3 ans j’allais découvrir toute la France et principalement ses grands hôtels car l’assureur de mon véhicule exigeait que, toutes les nuits, celui-ci soit parqué en grande remise à cause de la collection. Les hôtels correspondants étaient en catégorie 3 et 4 étoiles. J’ai donc souvent diné seul mais aux chandelles. La seule conséquence dommageable de mon hébergement de luxe était que je m’étais habitué tous les soirs à dîner avec mon seau à glace de Pouilly, et dès la 2ème année a été diagnostiqué une crise de goutte, chose très rare à 25 ans. Ces soirées étapes ont été semées d’évènements rocambolesques qui pourraient faire l’objet d’un autre livre, néanmoins je me souviens d’un fait bien comique. Faisant étape à Roanne, je m’étais arrêté à l’hôtel des Frères Trois Gros. L’ambiance étant tellement bonne, la fatigue aidant aussi, je me suis retrouvé à la fin de la soirée endormi sur la table. Le personnel de l’hôtel compatissant m’a porté à ma chambre et m’a mis au lit. Le lendemain au petit déjeuner j’étais un peu humilié et vexé. Durant cette période une histoire tenant du mir acle est survenue : j’ai un jour reçu ma feuille de route pour faire 18 mois de service militaire à Poitiers parce que mon sursis étudiant venait d’expirer. C’était une vraie catastrophe professionnelle. J’ai annoncé tristement à mon patron que j’allais devoir rompre mon contrat par la force des choses. Quelle ne fut pas ma surprise de voir cet ancien militaire haut gradé à la retraite dire : « écoutez, j’ai des relations dans l’armée, pour moi il n’y a rien de fait, donnez-moi les renseignements et je m’occupe du reste ». Un matin, mon patron me donne rendez-vous et me demande de préparer un colis volumineux constitué d’une série complète de casseroles et de couverts soit environ 500 euros. Il me dit de me préparer à recevoir le Général commandant la place de Paris qui allait s’occuper de mon dossier. J’ai remis au Général le colis et mon patron m’a demandé de le remercier, ce que j’ai fait avec plaisir. Il m’a dit « jeune homme, votre dossier est classé, vous avez été considéré comme soutien de famille ». Cela pour témoigner que souvent et sans que je fasse grand-chose, la vie m’a été très favorable. J’ai senti tout au long de ces années une sorte de guidance, de soutien et de protection très agréable

    La Tante Sarah ou l’envers du décor
    Mon nouveau métier ne m’a pas empêché d’apprécier en fin de semaine les heures de détente passées avec l’oncle Albert et la Tante Sarah. Celle-ci était née à la fin du 19e siècle et avait connu ‘‘ la Belle Epoque ‘‘ de 1920 à 1938. Avant et après c’était moins bien. Elle habitait l’une des plus belles avenues de Paris. Elle avait eu la chance d’avoir un mari et un ‘‘ protecteur ‘‘ qui avaient de très bonnes situations assorties de bonnes rentes. Elle avait connu et connaissait encore le « grand monde » parisien. Elle regrettait beaucoup que je me sois emballé en allant travailler pour les Wendel alors qu’elle avait ses entrées chez Madame Bettencourt de l’Oréal. << C’aurait été mieux pour toi de vendre des parfums que des casseroles >> me disait-elle, souvent, d’un air agacé. Elle partait régulièrement à Deauville ou à Cannes. Chaque fois qu’elle m’emmenait déjeuner ou dîner c’était bien sûr dans un cadre assorti à son standing. La fréquenter était pour moi un délice tellement je découvrais grâce à elle le plaisir discret du luxe des années 30. Je pense que les évoquer représentait pour elle aussi une façon de rajeunir et de réactiver ces années d’apothéose. Elle m’a donc énormément instruit par le détail sur la vie mondaine. En cela et sans qu’elle ne s’en rende jamais compte je continuais mon enquête sur mes 7 questions. Ce que Sarah me décrivait était la réussite d’un projet de société longtemps mijoté par des générations d’ambitieux pour qui l’argent achète le bonheur. A titre expérimental je touchais du doigt à cette qualité de vie très raffinée à laquelle mes camarades étudiants les plus brillants aspiraient comme un but ultime après un long effort à l’université et dans les turpitudes d’un métier. Je goûtais ainsi régulièrement à cette vie de château feutrée que nous recherchons tant pour la plupart d’entre nous. Ce n’était pas au cinéma ou dans un livre, c’était là autour de moi et dans ma bouche où coulaient les verres de Chiroubles entre deux bouffées d’un excellent cigare Davidoff. Ma vie sera donc toujours sous le signe de l’expérimentation. Mon propre parrain, qui avait été son mari, avait été lieutenant dans l’armée et grâce à ce titre nous avions le droit de profiter des prestations du Cercle Militaire de la Place de Paris. Dans ses salons je ne respirais pas la réussite insolente des affaires comme au Fouquet’s mais la grandeur de l’Honneur au service des idéaux patriotiques. Ce haut lieu de réunion était comme le temple de la droite nostalgique de Jeanne d’Arc, de Lyautey et du Maréchal. Aller diner au Cercle me faisait boucler la bouche de mon étude sur l’idéologie du conservatisme catholique qui rêvait encore à l’Empire disparu. Comme disait Sarah. <<Tout fou le camp>>. Grâce à Sarah j’ai eu surtout confirmation que l’envers du décor n’était pas aussi brillant que l’endroit. La plupart des fortunes qu’elle connaissait avait un historique assez inquiétant en commençant par elle-même. Je découvrais un étrange point commun à la création de fortune indépendamment de la branche d’activité publique ou privée. L’apport d’une grande quantité d’argent sur la tête d’un quidam est toujours le paiement d’un service qui est justement récompensé. C'est-à-dire la création d’une source de revenu beaucoup plus importante encore. C’est d’une logique comptable banale et il n’y a rien de choquant en cela. Les hommes devenant riches sont tous de grands serviteurs d’un projet qui ensuite devient très rémunérateur pour d’autres. C’est cela qui amène les honneurs à ces grands entrepreneurs créateurs de profits autant pour eux que pour leur entourage. Il est ainsi question de ‘‘ chevaliers d’industrie ‘‘ tels les conquérants du monde moderne, ces nouveaux héros ainsi récompensés. Je découvrais qu’une vie de grande qualité dans des lieux magnifiques meublés d’œuvre d’art où est servie une cuisine de qualité, que tout cela ne posait aucun problème.  Le luxe n’est pas en lui-même un problème de même que la passion d’un cadre supérieur pour une aventure industrielle, commerciale ou autre. L’aventure est un plaisir sain quel qu’en soit le domaine. Alors qu’est ce que j’ai découvert de si terrible et qui justifiât ma réserve et même mon recul dans ce processus de la recherche du profit comme ambition et projet de vie ? Nous arrivons là aux bases mêmes de ce livre. Le point commun à toutes les créations de fortunes, dont l’exemple m’était donné, avait cette constante de l’exploitation de la faiblesse des uns par la force des autres. Comme le disait très justement Sarah : << Le jour où il n’y aura plus de pauvres, il n’y aura plus de riches, c’est la raison de l’ignoble stupidité des théories de gauche. Pourquoi scier la branche où ils sont assis ? La vie est ainsi faite que les forts vivent sur le dos des faibles ; c’est une grande loi naturelle >>. Il m’a fallu quelques mois pour comprendre l’étendu et la profondeur de ce principe qui définit le fonctionnement du moteur même de toute notre société. Pourquoi se considérer une société civilisée si nous avons la loi de la jungle comme principe secret fondamental ? Je ne l’avais jamais vu aussi clairement. Je me suis même demandé qui à part moi pensait autrement ? Ce moteur est comme une énorme machine inconsciente et collective qui crée notre énergie quotidienne à partir de la faiblesse des uns pour le profit des autres. Ceux qui sont en charge du moteur récompensent très généreusement les bons techniciens qui facilitent son bon fonctionnement. Sa puissance est fondée sur la différence énorme de potentiel entre les hommes. Le fort prend au faible l’énergie qu’il ne maîtrise pas. C’est en plus en provoquant artificiellement la faiblesse que les forts assurent encore plus de richesse. C’est la deuxiéme pression à chaud. C’est un principe qui se vérifie au niveau individuel, comme national et international. La faiblesse est une nécessité quitte à la provoquer par la guerre ou la crise. Nous avons hérité cette sagesse politique de Rome qui disait : <<Si tu veux la paix prépare la guerre>> et aussi : << Malheur aux vaincus>>. Notre sage Monsieur de Lafontaine l’a très bien caricaturé dans ces fables. Les loups légitiment leur pouvoir par la faiblesse des brebis. Ce que me montrait sans le vouloir Sarah c’était que derrière chaque fortune il y avait un pouvoir plus ou moins connu et celui-ci n’avait fait que détourner une énergie libérée de gré ou de force par faiblesse. Voilà où est la richesse des colonies dont la justification est entretenue par la propagande et la guerre. Voici où est l’origine du succès de toutes les industries qui produisent à très bas coût, grâce à la faiblesse des peuples défavorisés, des produits manufacturés dont le besoin est artificiellement créé par le marketing des pays développés sur une clientèle crédule et affaiblie. La source des richesses de cette capitale était donc la rançon payée aux prédateurs, comme le roi au 18e siècle payait les nobles corsaires qui se servaient directement. Je ne trouvais dans ces exemples de grandes réussites aucun bienfaiteur de l’humanité y compris chez les fabricants de médicaments dont l’un des plus grands était le voisin de palier de Sarah. Elle savait les compromis auquel il avait du se livrer pour répondre à la très haute rentabilité exigée par son actionnariat. Sarah ne se faisait aucune illusion : << Ne soit pas naïf ce sont l’argent et le cul qui mène le monde, mais tu te poses trop de questions. Si tu n’es pas fort tu crèves>>. Oui certes je n’arrêtais pas de chercher à comprendre car je n’avais pas une âme de mouton qui allait se laisser tondre la laine sur le dos sans savoir pour qui et pourquoi ? Arrivé à ce stade je n’étais pas mécontent de mon avancée.

    L’oncle Albert était pour moi un excellent exemple stimulant. Lui rendre visite me dynamiser parce que bien que nos motivations et nos âges soient très différents il avait réussi à s’extraire d’un milieu familial sclérosé en prenant de grands risques à une époque dramatique de la société française. Il était arrivé à se refaire une vie brillante sans garder aucun traumatisme visible.

    Je ne cacherai pas que mes trois premières années à Paris n’ont pas été toujours roses. J’ai dû souvent faire contre mauvaise fortune bon cœur. J’ai eu des échecs et des angoisses. Tout ce que j’ai entrepris a été laborieux à obtenir et j’ai découvert que j’étais beaucoup plus sensible que je ne le pensais à la solitude, ayant toujours vécu au sein d’équipes ou de groupes. Or la vie parisienne m’obligeait à rester intellectuellement solitaire à cause de l’originalité de ma recherche que je n’arrivais à partager avec quiconque. Pour compenser ce manque, j’ai eu l’idée de nouer le plus de relations possibles avec les jeunes catholiques de mon quartier, au sein de la paroisse Saint Léon. Ce quartier du Champ de Mars était constitué essentiellement de familles très bourgeoises occupant de hautes responsabilités professionnelles. C’était au fond le seul milieu que je connaissais, même si j’en avais déjà fait le tour complet.

    Je me suis vite intégré car mon côté aventurier et solitaire a bien plu aux dames, dans ce milieu très conservateur où elles s’ennuyaient beaucoup. J’étais exotique comme un poisson multicolore et j’ai pu avoir des relations intéressantes. Concernant mes recherches sur la société, les jeunes de la paroisse se sont montrés plus critiques que je ne le pensais. Beaucoup d’entre eux participaient aux formations théologiques dispensées par la paroisse étudiante de Paris et j’ai suivi cette filière grâce aux cours du soir, continuant ainsi mes recherches. Sous cette influence, je me souviens avoir eu deux livres de chevet passionnant, l’un était la Vie et l’œuvre de Saint Augustin premier Père de l’Eglise, l’autre était l’œuvre de Karl Jung, élève de Freud. Je dois dire que ces livres ont alimenté un peu ma faim de ma principale question : <<Qui suis-je ?>> Question qui va rester à l’étude chez moi de très nombreuses années encore, sans pouvoir y répondre définitivement puisque ‘‘ je suis ‘‘ toujours en mouvement. Mais le but était d’accéder au niveau où je sentirais pouvoir communiquer avec mon Esprit.

    Karl Jung et Saint Augustin
    Karl Jung, Autrichien, est né à Bâle en Suisse. Dès l’âge de 12 ans à l’école il se heurtait à un problème angoissant : il se demandait qui il était par rapport à ses camarades. Il réalisait qu’il se définissait comme les autres, non pas par rapport à lui, mais par rapport à des éléments extérieurs à lui. Il tenait absolument à se différencier de ses parents, de sa maison, il ne voulait pas être assimilé « aspiré » par sa famille ou ses copains. Il voulait se différencier de tout ce qui se passait dans sa rue. Il réalisait que ses camarades se désignaient comme possédant des jouets, des vêtements, des signes extérieurs et il comprenait que cela faisait partie des caractéristiques qui lui appartenaient mais il ne s’en contentait pas. Il ne mélangeait pas l’avoir et l’être. Rien ne semblait correspondre pour lui à une réalité suffisamment personnelle qui lui conviendrait pour le désigner. Il ressentait qu’il avait une réalité plus profonde qui ne pouvait être liée à aucun signe extérieur ; Ces signes servaient à le repérer mais ne convenaient pour le nommer tel qu’il se ressentait, c'est-à-dire unique. Il avait donc besoin de se reconnaître lui-même indépendamment de son monde extérieur. Selon lui, ce problème métaphysique précoce l’occupant de longs mois, devenait une obsession quasi pathologique. Il n’avait bien sûr à cet âge aucune notion de psychanalyse car elle n’existait pas encore. C’était un contemplatif, il trouvait refuge dans la nature abondante là où il était né. C’est en observant un chien cachant un os qu’une réponse satisfaisante lui fût donnée. Il comprit qu’il pouvait simplement faire la même chose. Il trouva un scarabée sec qu’il enveloppa et plia dans du papier. Il disposa ensuite la relique dans un plumier après avoir gravé dessus des signes de son invention. Il emballa le tout dans un chiffon qui lui servait à contenir ses billes et qui portait ses initiales. Il plaça le tout au creux d’une poutre du grenier dans la maison de ses grands parents. Il dégagea un petit espace pour accéder sans bruit à cette cache secrète chaque fois qu’il en sentirait le besoin. Il avait donc ainsi résolu son problème durablement. Jamais personne n’a connu ce secret avant qu’il n’en parle plus tard à ses collègues devenus étudiants de Freud. Il avait donc instinctivement sacralisé par un rituel sa propre identité, on pourrait même dire qu’il l’a créée, comme si, selon lui, une divinité vivait en lui avec ce secret. Lui seul au monde savait et grâce à cela, il existait. Il avait donné un corps matériel à sa réalité unique. Et bien que seul au monde il pouvait aussi être au milieu du monde. Il était bien réel même s’il n’avait pas encore compris pourquoi. Il continue dans son œuvre en soulignant bien l’importance fondatrice dans sa vie de cet acte de création d’identité. Cet acte d’enfant lui fit traverser toute son adolescence avec confort et sans trouble important, comparativement à ses camarades qu’il sentait inconstants, changeant souvent d’idée et d’humeur, vivant comme en périphérie d’eux-mêmes et non pas unis avec qui ils étaient. Je ne sais pas si le lecteur comprend mais cette découverte a eu une conséquence importante pour moi parce que j’ai ainsi pu identifier quelle était l’origine de ma solitude douloureuse. Ce n’était pas tant de ne pas me sentir entouré dont je souffrais que de ne pas pouvoir être en paix avec moi-même. Etre intensément avec moi me pesait tellement parce que je ne me connaissais pas. Essayez vous-même d’être durant des  heures et des jours avec un inconnu muet ? Or j’étais par la force des choses dans ces premières années à Paris souvent seul avec moi-même. J’en avais déduit aussi que, même si je commençais à ressentir bien mieux ‘‘ qui je suis ‘‘ je devais pouvoir le matérialiser et pouvoir le toucher quand j’en avais besoin. J’ai besoin de toucher du doigt que ‘‘ je suis réel ‘‘ indépendamment de tous les autres. J’aime vivre avec mes semblables et montrer qui je suis, mais mon bonheur ne peut pas être conditionné par la bonne volonté d’un autre, ni même le regard favorable d’un autre. Je commençais à réaliser que la paix et la joie ne viendront que de moi, peut-être stimulées par un autre, mais la source est bien en moi. Cette source personnelle et intime est mon bien le plus précieux mon identité et même mon pouvoir, parce que c’est à partir de la réalité de cette source que je peux envisager de créer un projet. J’ai vu aussi le grand risque de manipulation que présentait l’absence de relation solide avec ‘‘ qui je suis ‘‘ .  Comme la Nature a horreur du vide je me suis bien aperçu dans les moments de grande solitude, que j’étais irrésistiblement tenté de combler ce vide par la présence de l’autre. Je comprenais aussi très tôt dans ma recherche la racine de la manipulation. Si je rencontre un autre qui souffre de son vide, je peux lui proposer mon énergie sans frais et sans crédit, comme si je lui faisais un don, et le moment venu, je peux exiger la restitution de cette énergie. Je crée ainsi une dépendance dont je peux tirer profit. La chose est vraie dans les deux sens, je peux moi aussi devenir victime d’un manipulateur à qui j’aurais emprunté son énergie vitale. Cette découverte de mon énergie propre, base de mon identité, était renforcée par les études que je suivais à la paroisse étudiante qui proposait la charité comme vertu. Ne dit-on pas que « charité bien ordonnée commence par soi-même » mais aussi quand la charité est faite nos conseillers de L’Institut Catholique nous faisaient bien comprendre de ne pas se substituer à la personne recevant l’aide pour qu’elle n’aille pas jusqu’à perdre confiance en elle-même et ne plus exister. Donc tout soutien charitable ne doit être que provisoire. La vraie santé de l’Etre est bien l’autonomie affective. C’est un défit. Ce que j’apprenais aussi de ces redoutables Jésuites qui enseignaient là aussi dans cet Institution parisienne c’était que le but ultime de toute vie spirituelle était le contact avec l’esprit. Selon eux, pour contacter le grand esprit, il fallait que je découvre le mien. En clair comme mes 7 questions étaient du domaine du Grand Esprit il me fallait d’abord savoir qui j’étais avant d’aller plus loin. Je commençais à y voir plus clair. Cette réalisation me faisait comprendre que politiquement l’aide charitable de l’Occident envers les pays du tiers monde ressemble plus à une manipulation permanente et à la création d’une dépendance, qu’à un soutien qui permettrait à ces pays de se développer. Tout est bien dans le meilleur des mondes puisque l’intérêt de l’occident c’est que les pays pauvres et faibles le restent. Pour revenir à Jung, non seulement il avait eu le génie à travers ce plumier de matérialiser son identité séparée de son entourage, mais aussi il s’est ensuite différencié des concepts rigides de la société suisse alémanique dans laquelle il était né. Dans ce sens, je me sentais bien des affinités avec lui.

    Henri Miller
    Je commençais à bien connaître l’œuvre de Miller et ne manquais jamais une occasion de marcher sur ces traces depuis Montparnasse jusqu’à Clichy et en allant même jusqu’à Louveciennes. Ce côté baroudeur sans foi ni loi, comme un électron libre, commençait à devenir une réalité chez moi. Après Miller j’ai découvert, par la lecture, ses amis tels que Anaïs Nin, Laurence Durrel, Antonin Artaud et Blaise Cendrars. Ils manifestaient tous la rupture avec le système des valeurs ancestrales sans vouloir chercher à le remplacer. L’honneur et le devoir disparus ils étaient devenus eux-mêmes l’objet de leur expérience alors que le plaisir devenait une priorité. J’ai donc eu cette idée, pour me faire des relations de déposer dans les livres des librairies concernant ces auteurs des petits mots que j’avais photocopiés qui donnaient mes coordonnées et qui invitaient ceux qui étaient passionnés par ces auteurs à me contacter pour nous rencontrer et échanger nos impressions, pourquoi pas aussi du plaisir. Cette initiative a été un très grand succès parce que l’ensemble des petits billets que j’avais déposés dans une douzaine de librairies parisiennes ont fait l’objet d’une réponse. La plupart des relations que j’ai développées ensuite pendant de longs mois ont été très intéressantes. Elles m’ont montré aussi la différence de perceptions, de jugements, de visions des uns et des autres par rapport à un même auteur et sur un même sujet. Avec les passionnés d’Henry Miller j’ai découvert un autre monde que celui auquel j’étais habitué avec mes jeunes amis catholiques. Cette démarche m’a complètement sorti de mon état d’isolement et m’a rassuré sur mes capacités à être ce que j’étais dans mon originalité et à le montrer. Cela faisait deux ans que j’étais arrivé à Paris. Mes cours à l’institut Catholique ne me permettaient plus de progresser. J’avais constaté que les théologiens les plus progressistes n’hésitaient pas à contester le dogme, les écritures et l’enseignement officiel concernant la vie de Jésus. J’avais découvert les écritures gnostiques du début de notre ère qui indiquaient d’autres versions des Evangiles que celle de l’Eglise catholique et romaine. J’allais donc élargir mon champ de vision.
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    Le temps des sectes
    J’avais entrepris par le Minitel, l’ancêtre d’Internet, une recherche de tout ce que la région parisienne pouvait proposer en matière religieuse, philosophique, culturelle ou politique, je découvrais un monde immense et c’est avec passion que me mis en quête des différents courants les plus importants. En approchant les religions orientales j’ai découvert que l’expérience de Dieu pouvait être vécue comme une expérience uniquement intérieure beaucoup plus que mentalisée. La vacuité était une expérience toute nouvelle pour moi. Le divin en moi est l’essence même de la vie, une sorte d’élan vital, dans le souffle et le rythme cardiaque. Donc concrètement après m’être renseigné, avoir pris des premiers contacts, je consacrai plusieurs week-ends pour découvrir les écoles, les religions et les sectes suivantes : J’ai commencé par les Krishna, les plus proches de chez moi, j’ai découvert le monde des mantras, de la dévotion selon les concepts hindouistes. Ayant exploré et ne voulant pas prolonger plus loin, je suis allé voir les Enfants de Dieu, très accueillants : c’était un mouvement spontané d’après mai 68, qui jouait de la musique dans les rues, avec des fleurs dans les cheveux et qui vivait en communauté bucolique à la campagne. Ils avaient la particularité de développer des pratiques très libératrices, en particulier d’associer l’amour de soi, l’amour des autres et l’amour physique. Ils avaient évidemment beaucoup d’adeptes. Pour moi, ils étaient très sympathiques, je les remercie d’avoir créé chez moi une ouverture et une libération. Mais ils n’avaient pas le sérieux minimum que je m’imposais .Par son ambassade parisienne, j’ai connu la Grande Fraternité Blanche Universelle, inspirée par philosophe Peter Deunov et par Mikhael Aivanhov. Ils voulaient considérer l’homme dans sa globalité, le relier à l’ensemble de l’univers visible et invisible et l’inclure dans le plan divin. Le cœur de la pratique était méditatif, contemplatif, fait d’une ascèse importante dans un contexte tantrique. Cette très ancienne discipline se définit par la production du désir sexuel avec ou sans partenaire qu’il faut maitriser. Cette maîtrise engendre une énergie dirigée vers le cerveau pour l’utiliser. Ce processus de montée énergétique s’appelle montée de Kundalini. Ces enseignements demandaient un long apprentissage et une sorte d’évolution par degrés dans le temps ; je décidais donc de ne pas prolonger cette étude. Très intéressante a été pour moi La théosophie et la cité de Shamballa. dont l’animatrice historique décédée était la Baronne Helena Blavatsky, une ukrainienne. Cette école d’enseignement spirituel m’a paru un peu hermétique. Helena Blavatsky développait ses talents médiumniques pour entrer en contact avec une cité dans les plans éthérés de la terre et qui s’appelle Shamballa. Elle y établissait un contact régulier avec les maîtres ascensionnés comme El Morya, Dwjal-Khul et Kuthumi. Shamballa est une cité secrète dans un espace qui est proche de la terre physique et à partir d’où les Maîtres enseignent aux hommes la sagesse nécessaire à leur libération. J’ai commencé la lecture de livres un peu difficiles dont les plus importants sont ‘‘ Isis dévoilée ‘‘ et ‘‘ La doctrine secrète ‘‘ .  Ce dernier ouvrage développe une autre version plus claire de la genèse de la planète et la genèse aussi de l’ensemble des autres races humaines qui ont habité la planète avant l’homo Sapiens depuis plusieurs millions d’années. La description de la cité de Shamballa me paraissait très important. Ma culture ne m’avait jamais fait entrevoir que les humains pouvaient de leur vivant dans certaines conditions accéder à une partie du ciel, ce que semblaient dire les théosophes. Ce que j’ai retenu était que Shamballa était une sorte de base à la périphérie vibratoire de la planète, un lieu bien réel et matériel situé dans le plan éthérique d’une vallée tibétaine dans l’Himalaya à l’orée du désert de Gobi et proche de la frontière chinoise. Shamballa est un sujet central pour tous les chercheurs de lumière et aussi pour bien des curieux en mal d’aventure. C’est un endroit secret, protégé où selon plusieurs sources, tout semble possible en matière de projets. C’est un lieu d’études et de planification où des âmes en transit sont invitées à séjourner. Shamballa était décrite aussi comme un paradis terrestre. Shamballa serait comme la capitale astrale de la Terre, le lieu de résidence du Prince Planétaire Bouddha partagé avec le Logos le plus ancien des jours : Sanat Kumara ainsi que de Maitreya qui serait le Christ. Cette ville demeure invisible à tous puisqu’elle vit maintenant dans la 9ème dimension. L’histoire de Shamballa m’a paru extraordinaire. En résumé au moment où la Terre vivait une période de densification constante il y a des millions d’années, la vie était sur le point de disparaître à jamais de la Terre, les créatures n’arrivant pas à s’y fixer. Ainsi Sanat Kumara décida t’il de s’installer définitivement sur la Terre afin de stabiliser la chute de cette planète dans la matière et dans la densification. Depuis il est considéré comme l’Ancien des Jours, qui est devenu son titre. La lumière intense qu’il continue à rayonner, suffit à maintenir Urantia Gaia, nom spirituel de l’âme de la Terre, à un niveau de vibration où la vie est possible. Pour ce faire, 300 généticiennes vénusiennes, appelées Mères Divines, sont venues avec leur cohorte dans notre monde afin d’y préparer le règne de ce grand personnage cosmique et aussi permettre l’installation de différentes espèces et races dans les quatre règles, minéral, végétal, animal et humain. Avec ses Mères Divines, des êtres de haut savoir, les Kumara, construisirent un espace résidentiel, une sorte de grand palais, pour héberger ces différentes fonctions. Le lieu choisi fut le Tibet à cause de son site protecteur, et la cité principale fut appelée Shamballa mineur ou demeure du Prince gérant planétaire, Sanat Kumara. Shamballa est le siège de toutes les décisions concernant notre monde et ses habitants. Chaque individu entité et être de lumière se doit de passer par cette ville et d’être reçu par le Prince avant de quitter ce monde, de même qu’il l’a fait avant d’y entrer. Et cette loi, selon la théosophie, serait la même pour tous les entrants et sortants de la planète. De même que pour les autres écoles et mouvements que j’ai fréquentés  je ne me suis pas attardé au sein du mouvement théosophique d’Helena Blavatsky parce que j’étais aussi curieux de continuer mon exploration et mon inventaire Le mouvement suivant a été plus difficile, il est maintenant marginal voire disparu, mais à l’époque il était important. C’était l’Eglise du Révérend Moon. Ma recherche sur cette église qui s’appelait l’Eglise de l’Unification dont le fondateur et l’animateur était le Révérend Sun Myung Moon fut facilitée parce que le président et responsable français que j’avais croisé à la faculté de Toulouse, était originaire du Sud-Ouest, et faisait partie des relations proches de la famille de mes grand parents maternels. C’était une famille notablement connue en France grâce à un oncle du garçon qui était jésuite, son père qui était député en Corrèze et son oncle qui à cette époque dirigeait le patronat français. Ce garçon s’est fait un honneur de me recevoir et de me faciliter toute information. Cette église, au départ d’inspiration chrétienne et développée par un pasteur, avait comme axe principal de pensée un anticommunisme féroce, considérant que l’antéchrist allait œuvrer sur la planète en utilisant la voie communiste. J’ai très vite compris qu’il cherchait des militants engagés qui, après une formation intense et sélective, allaient devenir des sortes de mercenaires. Je fus invité à suivre un training de formation accélérée et je réalisai que pour bien comprendre le cœur de ce qui me paraissait mystérieux je devais suivre le processus d’initiation. Il y avait plusieurs séances et il a eu là un incident, le seul qui me soit arrivé dans mon enquête. J’ai choisi au cours d’une pause un après midi de m’échapper par la fenêtre. D’un toit à une terrasse et d’une terrasse à un platane j’ai retrouvé un boulevard du 17ème arrondissement. Le contexte de la formation était militaire, très strict, et les instructeurs opéraient un lavage de cerveau avec des phrases transformées en mantras, des hurlements et la lecture de textes. Je voyais qu’ils faisaient de la programmation mentale. Ne connaissant pas les conséquences, je préférais m’abstenir et comme il m’avait répété très souvent que j’avais passé le point de non retour, je ne voulais pas avoir des comptes à rendre et j’ai choisi la voie la plus courte. C’était plus comique que grave. Je n’ai eu aucun ennui. Ensuite, je me suis renseigné auprès d’une Synagogue dont l’accès n’est pas facile pour les curieux parce que les fidèles sont en général d’hérédité judaïque. Les textes fondateurs sont très riches, très anciens, très codés, codifiés. Ce sont le Zohar, la Cabbale, le Talmud. L’image que j’ai eue du judaïsme était très structurée et très puissante. L’accueil à la Mosquée de Paris a été plus simple : j’ai même acheté un Coran et j’ai pu en faire mon livre de chevet quelques soirées. J’ai vu que Jésus était connu, que sa vie était décrite d’une façon différente de celle des évangiles, en particulier qu’il était marié à une femme qui l’avait soutenu et qui avait été très influente. Concernant la vie de Jésus le Coran se rapproche beaucoup des textes gnostiques. J’ai pu découvrir que ces textes, rejetés par l’église, depuis l’instauration par les empereurs romains de l’église catholique et romaine, étaient très bien acceptés chez les Musulmans.C’était spécialement le cas en Egypte où la branche chrétienne copte mise à l’écart par Rome s’avère pleine de richesse et de connaissances dans la ligne droite des fameux Esséniens de Qumran dont on pense que Jésus et ses disciples ont été les élèves. Dans le cadre de cette aventure, j’ai découvert qu’il existait aussi une confrérie libre et laïque des Adorateurs de Montmartre et j’ai passé quelques nuits avec eux. Cette confrérie ne faisait aucuns vœux et n’avait aucun engagement. C’étaient simplement des personnes qui devenaient membres sans cotiser et qui se retrouvaient à la nuit tombée dans la Chapelle de Montmartre que le concierge leur ouvrait afin qu’ils prient toute la nuit Dieu ou leur Dieu car tous n’étaient pas chrétiens. Le méditant pouvait profiter de l’espace de la grande Chapelle pour une expérience mystique sans aucune contrainte. Bien que pour moi cette expérience n’ait pas de but précis, je me souviens de la qualité, de la douceur, de la lumière dégagée en moi durant ces nuits-là. Je ne sais ce que j’ai écouté, ni sur quel canal je me suis connecté mais je sais que mon être en moi était tout à fait satisfait de cette retraite. J’ai eu aussi quelques opportunités de découvrir quelques autres mouvements connus, mais j’ai suivi mon instinct et mon intuition et je les ai simplement survolés. Ce fut le cas de l’Eglise de Scientologie qui m’a paru puissante mais compliquée avec sa Dianétique. J’ai connu un peu le mouvement raëlien installé maintenant au Canada qui avait comme enseignement les relations avec les mondes extra-terrestres. J’ai visité les branches chrétiennes comme les Adventistes d’origine américaine, de même que les chrétiens charismatiques ou aussi les Jéhovah un peu étrange et fanatiques. Cette diversité me paraissait intéressante à l’époque. Pour clore cette enquête, j’ai terminé par un mouvement américain, très sympathique, les Mormons. Ils sont une branche du christianisme. Le Christ après avoir évangélisé la Palestine est apparu à un disciple, lui a demandé d’aller s’établir en Amérique et l’a inspiré pour bâtir une sorte d’arche dans laquelle il a mis toute sa famille. Ainsi est apparu le mouvement des Mormons qui existe encore, qui a établi une ville entière dans le Middle West ; les Mormons se sont consacrés à honorer l’ensemble des âmes décédées, c’est d’ailleurs pourquoi ils établissaient des fiches des décédés et ont constitué un base d’expertise mondiale pour les recherches généalogiques. Je ne vais pas aller plus en détails dans mes découvertes de l’époque mais je dois dire que l’ambiance était très agréable pour moi car je me ressentais un peu comme dans le livre de contes d’Alice au Pays des Merveilles. Je sautais d’une pièce à l’autre avec la taille du monde qui s’en trouvait très élargie. En conclusion, j’avais bien eu raison de me déraciner vers Paris qui est une mine d’informations et d’enseignements. Je n’avais que l’embarras du choix pour développer mon propre programme de recherche.

    Trois événements hors du commun
    C’est dans cette troisième année à Paris que sont survenus trois évènements lors de mes tournées qui ont radicalement changé non seulement mon caractère mais aussi mon comportement et ma vision du monde qui m’entourait. Ce sont des éléments incontournables de cet ouvrage car ils en sont les trois piliers. Ce sont les trois premiers grands signes qui m’ont alerté sur le fait que les évènements très favorables de ma vie ne pouvaient pas être le seul fruit du hasard mais qu’il y avait assurément une intelligence qui veillait sur moi.

    Le premier évènement : Bernadette Soubirous
    J’avais fait étape à Nevers dans le cadre de mes tournées pour ma gamme culinaire. Le matin avant de prendre mon camion de démonstration surnommé ‘‘ Calèche ‘‘ , je ne saurais expliquer ce qui m’est passé par la tête. Au lieu d’aller à mon premier rendez-vous, j’ai pris le temps de flâner sur un boulevard et j’ai pénétré dans la propriété d’un couvent de sœurs. J’ai longé des couloirs suivant une indication « Chapelle Bernadette Soubirous ». Bernadette Soubirous est la jeune bergère qui a été témoin de nombreuses apparitions à Lourdes puis déclarée sainte. Je pensais que son nom avait été donné à la chapelle. Mais y entrant je m’aperçois qu’il y avait là un gisant dans une châsse monumentale faite de verre et d’armatures dorées. C’était le corps non décomposé de Bernadette Soubirous. Son visage un peu oxydé avait été recouvert d’une fine couche de cire blanche, mais les médecins constataient que miraculeusement elle ne se décomposait pas depuis sa mort il y avait une centaine d’années. La découverte inattendue de ce corps qui gardait une expression et une vibration comme s’il était vivant a été un choc plus qu’une surprise. Je suis donc resté là un certain temps enveloppé dans l’atmosphère de paix, de tranquillité, de calme et de plaisir qui se dégageait. Une sorte de flux amical et bienveillant pour ne pas dire fraternel se dégageait du corps. Une fois parti j’ai continué à ressentir, tout le long du trajet, de nombreuses heures après, la qualité de relation avec ce qu’il fallait bien appeler une personne inerte et semi-vivante. Cela a été le début d’une très grande relation que je développerai plus loin, où des années après j’ai été invité à recevoir un véritable enseignement de cet être qui m’a raconté sa vie qui n’est pas celle que l’on croit et qui m’a enseigné sur qui j’étais. Elle a été à partir de cette première rencontre la personne la plus proche de moi et celle qui m’a apporté le plus de satisfaction.

    Le deuxième évènement est arrivé à Anvers en Belgique
    Mes déplacements en province étaient confortables et l’objet d’une vie agréable où je n’hésitais pas à donner libre cours à mes fantaisie de jeune homme célibataire. Le port d’Anvers, qui n’était pas aussi grand que celui d’Amsterdam, me faisait penser à la chanson de Jacques Brel qui décrivait la vie des marins qui faisaient escale dans les ports de la Mer du Nord. J’ai toujours été attiré par le monde des marins alors que je n’ai jamais eu l’occasion de travailler sur des bateaux, ni de faire de longues croisières. Mais ce milieu m’appelle et m’excite. Ayant donc un salon commercial à Anvers pendant une semaine, je passais mes soirées au port. Une nuit j’ai été invité par des matelots dans un bar alors qu’un cargo grec venait de débarquer. Ils m’invitaient à faire une promenade dans les quartiers du port. J’étais aux anges parce qu’il y avait là tous les ingrédients de l’aventure que je ne pouvais pas me permettre dans ma vie ordinaire. J’étais comme dans un film : il y avait les bars sombres, les bordels, les beuveries, les bagarres, les histoires dans plusieurs langues. Après quelques pintes, quelques chants et quelques relations sexuelles un peu hard je me sentais dans l’ambiance avec une petite conscience de danger. Un mois après ma tournée me conduisit à Annecy où je logeai dans un charmant petit hôtel avec une terrasse en promontoire au-dessus du lac. J’y dégustais pour la première fois un poisson nommé fera, genre d’anguille, à la sauce à l’oseille en regardant le coucher du soleil. Je me suis endormi sur la terrasse. Au milieu de la nuit, j’ai été réveillé brutalement par une angoisse extraordinaire, rare et sans cause apparente. J’étais envahi par l’idée fixe que j’étais atteint par une maladie mortelle. J’ai essayé de contenir cette angoisse au bord de la panique, et je suis parti à l’hôpital d’Annecy au beau milieu de la nuit. Le médecin de garde a pensé que j’étais alcoolisé, j’ai fait beaucoup d’efforts pour le persuader du contraire et il m’a finalement examiné. Il a remarqué un gros ganglion non douloureux à l’aine et un état de ma verge montrant des lésions qui selon lui demandaient un examen immédiat. Il m’a recommandé de consulter à Annecy même, dans un laboratoire, un spécialiste dermatologue et dés la première heure. Celui-ci m’a fait des prélèvements et m’a demandé de ne pas quitter son cabinet. Les premières analyses sanguines ont été tout de suite adressées à Lyon par coursier à moto, et dans l’après midi, le spécialiste me déclara : « Je ne sais pas comment cela vous est arrivé, vous êtes atteint d’une maladie que je croyais disparue depuis longtemps, puisqu’il s’agit de la syphilis et sachez que vous avez une chance extraordinaire puisque vous n’avez pas atteint encore la période d’incubation qui est de l’ordre d’un mois. Nous arrivions juste à la fin de cette période. Vous pouvez donc être traité moyennant un traitement intense de pénicilline. Mais comment avez-vous pu être infecté ainsi, c’est votre vie privée mais où avez-vous été » ? Je lui expliquais le quasi certitude de l’avoir contracté à Anvers lors d’une nuit de débauche avec des marins. J’ai fait sensation dans l’établissement car chaque membre du personnel a voulu passer sa tête pour voir le phénomène. J’étais heureux d’avoir la vie sauve à quelques heures près. J’ai eu droit à une visite de la Police qui a ouvert un dossier et cette surveillance policière m’a suivi jusqu’à Paris où j’ai du plusieurs fois de suite me présenter pour contrôle à l’Hôpital Saint Louis et garder une fiche d’identité pour assurer la traçabilité. J’étais devenu un évènement national et le seul cas recensé qu’il fallait suivre pour qu’il ne fasse pas de dégâts ailleurs. Je n’étais pas fier. J’étais cependant dans un état de joie inconnu jusqu’alors, Miraculeusement ma vie était sauvée. Cet incident qui aurait pu être dramatique m’a invité par la suite à la prudence. Une fois le traitement effectué je n’ai eu aucune séquelle.

    Le Troisième évènement est un incident paranormal sur l’autoroute A6.
    J’étais en déplacement en Languedoc au sud de Montpellier parce qu’un très gros client qui était l’une des premières grandes surfaces de quincaillerie en France souhaitait un support publicitaire dans un centre commercial. J’avais été choisi pour animer l’ouverture de ce grand magasin dans le hall du centre commercial. J’utilisais mon véhicule d’exposition qui restait sur site et je rentrais tous les soirs à mon hôtel à Palavas en taxi. C’était la fin mai et j’avais choisi un hôtel sur la plage. J’ai passé une semaine extraordinaire entre la plage et une boîte de nuit proche. J’avais même rencontré une jeune fille sympathique, dynamique, intelligente, une ancienne étudiante comme moi. Nous avions sympathisé parce qu’en plus d’une certaine affinité érotique, nous avions trouvé des points communs de lecture chez Henry Miller et son entourage. Je passais beaucoup de temps avec elle dans sa caravane. Ma société m’avait permis de rentrer en 3 jours pour parcourir sans fatigue les 800 km avec mon véhicule assez lent, je pouvais partir un vendredi. Mais j’ai repoussé au samedi matin, puis ensuite au samedi après-midi après la baignade, puis enfin à la soirée du samedi. En réalité j’ai fêté mon départ dans la nuit du samedi au dimanche en discothèque. Je me faisais fort de rouler sans problème tout le dimanche et une partie de la nuit du dimanche au lundi. M’étant alors couché tardivement, je ne suis finalement parti qu’en fin de matinée le dimanche. Je me suis donc retrouvé pour dîner le soir à Lyon. J’ai fait un choix qui n’était pas le meilleur à savoir celui de faire un bon repas gastronomique. Je me souviens avoir quitté Lyon au coucher du soleil vers 21h. Ce sont les derniers souvenirs de mon trajet entre Lyon et Fontainebleau. Le cœur de l’histoire est qu’en pleine nuit, je me suis réveillé, je me suis entendu ronfler avec ce grand plaisir d’être enfin endormi. Je sentais l’une de mes jambes très endolorie tandis que l’autre était en l’air. Cette idée commença à s’installer dans mon cerveau « es-tu arrivé chez toi ? Sinon où es-tu ? » J’ouvre un œil et je ressens les vibrations du moteur. J’étais à l’intérieur de mon véhicule mais sous le tableau de bord côté passager, une jambe repliée sous moi et l’autre sur le siège. L’instant d’après j’ai voulu voir ce qui se passait car j’avais une question qui succédait aussitôt à la première : << Si je suis dans mon véhicule, quelqu’un conduit, or ce n’est pas moi >>. Curieux de connaître le conducteur je soulève ma tête qui vient heurter la boîte à gant et le tableau de bord d’une façon violente. J’ai dû me contorsionner pour m’extraire d’en dessous le tableau de bord et mon attention a été attirée par le camion semi-remorque qui était en train de me doubler.

    A cet instant je découvre que j’étais seul, ou presque, dans la cabine car j’ai ressenti une vague présence, pas complètement inconnue, sur le siège du conducteur. Personne, ou presque, ne conduisait.

    Ce que j’étais en train de découvrir me mit en état de panique. Je sautais avec ma jambe endormie sur le siège du chauffeur et au moment où j’ai repris le volant mes bras et mes jambes se sont mis à trembler, le camion à zigzaguer, à tel point que j’ai été redoublé sur la droite par le semi-remorque qui avait bloqué son klaxon à mon intention. Dans cet état exceptionnel d’urgence, affolé, je ne touche plus à l’accélérateur. J’attends que le semi-remorque soit passé et je m’arrête sur la bande d’arrêt d’urgence à droite avant de serrer le frein à main. Je suis parti en courant sur l’autoroute sans couper le moteur ni les phares et en laissant ma portière ouverte. Mon cerveau ne comprenait pas ce que je venais de vivre, j’étais choqué et dans un état de sidération. Je trainais ma jambe ankylosée, je boitais, j’avais le bras gauche endolori et je ne sais combien de mètres j’ai parcourus, sans doute une bonne centaine au vu de la distance du camion. Il faisait nuit noire et mon véhicule ressemblait dans la brume à une bête prête à bondir avec les phares allumés et sa portière qui se balançait comme une nageoire chaque fois qu’un véhicule passait. Mon cœur battait tellement que je me pressais fortement la poitrine des deux mains, redoutant une crise cardiaque. Me calmant petit à petit, respirant, marchant lentement, je suis revenu vers mon véhicule. Mon cerveau répétait en boucle les mêmes questions : << Où es-tu ? Quelle heure ? Qui a conduit ? Combien d’heures ai-je dormi ? >> Et si j’étais mort et que je sois dans un autre monde ? Arrivant à quelques mètres du véhicule dont le moteur tournait toujours, j’en fis le tour pour savoir si l’être évanescent qui j’avais cru voir n’était pas caché quelque part. J’ouvrais tous les placards et les vitrines de démonstration. J’ai donc été rassuré car il n’y avait personne et je remontais tout tremblant sur le siège du chauffeur avant de repartir. Je me suis demandé alors où j’étais, étais-je bien toujours sur l’autoroute A6. Tout en conduisant lentement sur la voie de droite, me réadaptant à la conduite, l’idée m’est revenue encore une fois que j’étais peut-être mort et que j’avais basculé dans un autre monde fait d’êtres décédés et donc ce que j’avais vu de vaporeux sur le siège passager devait être normal. Ce qui m’a ramené à la réalité, c’est qu’une dizaine de minutes après, je suis arrivé au péage de Dordives. Alors que j’engageais mon véhicule dans le box du péage, je constatais en payant que ma dernière entrée était bien au Nord de Lyon, 6 heures plus tôt à 21h10. Il était 3 h du matin et j’avais donc roulé sans m’arrêter sauf que je ne savais pas qui avait conduit ? Je n’avais dans ma mémoire absolument pas une seule image du parcours. Tout en roulant jusqu’à mon domicile de Paris, j’ai petit à petit intégré l’idée que j’avais vécu un évènement complètement paranormal. Un de plus sauf que celui là était de taille. Personne n’a jamais pu depuis 1974 me donner la moindre hypothèse possible sur ce que je viens de vous décrire. Le plus simple serait de dire que j’ai rêvé l’événement et qu’il n’y aurait rien eu de matériel, sauf le ticket du péage. Le lendemain au bureau les collègues unanimement m’ont trouvé changé. Depuis cet événement, plusieurs fois, je me suis souvent demandé si je n’étais pas entré dans un monde parallèle où je continuais à vivre de la même façon. Un jour j’apprendrai que je suis dans un monde « bis ». Cette histoire a complètement changé ma vie et m’a complètement ouvert au paranormal, alors que jusqu’alors je n’y avais mis qu’un pied. La conséquence a été aussi que mes 7 questions fondamentales ont pris un tout autre sens et j’ai eu un encouragement encore plus vif à essayer d’y répondre : Pourquoi est-ce je que vis sur cette planète ? Pourquoi suis-je comme je suis ? Pourquoi m’est-il arrivé ce qui m’est arrivé ? Que va-t-il m’arriver demain ? Puis-je espérer être vraiment heureux un jour ? Comment faire pour être vraiment heureux ? Quel est le sens général de la destinée de l’humanité ? Le chapitre suivant se situe quelques semaines après cet événement et ce n’est pas là non plus le fait du hasard.

     


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  • Commentaires

    1
    petit
    Mercredi 10 Juin 2015 à 15:33

    J'ai vécu une expérience paranormale dont je n'ai jamais osé parler sauf à quelques personnes de confiance mais identique à la votre dans le fond.....

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