• Une scolarité laborieuse

    CHAPITRE 4

    UNE SCOLARITE LABORIEUSE,  DES ETUDES CLASSIQUES LIBERATRICES

    J’ai fait mes études primaires et secondaires dans deux collèges religieux. La grande constante de cette période de 12 à 16 ans, âge où j’ai passé mon baccalauréat avec succès, était que mes études ont été libératrices mais aussi très difficiles et laborieuses. D’un côté, je comprenais que je ne pourrais jamais rien faire si je n’avais pas les bases minimum requises par la société actuelle, mais d’un autre côté, mon enfance m’avait appris à beaucoup me méfier de mon entourage et des idées qu’il véhiculait. De même, au collège, plus j’avançais et plus je me sentais mal à l’aise avec l’enseignement. Il m’était demandé d’ingérer par gavage différents concepts érigés en vérité absolue alors que je ne voyais absolument pas en quoi ils servaient l’humanité.

    A l’inverse toute notre société moderne la mettait au service du collectif et de sa hiérarchie. De même que j’avais appris à critiquer mon héritage maternel et la bourgeoisie rurale du 19e siècle, de la même façon j’étais très critique vis-à-vis du système dit moderne dans lequel voulaient m’inscrire mes professeurs. Son moteur puissant était le progrès technologique mais je ne comprenais pas en quoi une machine pouvait se substituer à un projet. C’était mettre la charrue avant les bœufs selon le bon sens hérité de papa. Mes maîtres me disaient tous les jours comment entrer en compétition mais aucun n’était capable de m’expliquer la finalité de cette société dite moderne. Qui en était les promoteurs, qui en étaient les arbitres ? Il me fallait me former pour réussir dans un monde dont la destination n’existait pas ou était dissimulée comme je le découvrirai plus tard. Comme pour la théorie de Darwin c’était le hasard qui gouvernait apparemment ce monde où la loi du plus fort était la plus conseillée. L’archaïque loi du talion restait donc en vigueur. Pour d’autres maîtres c’était Dieu qui était le chef d’orchestre mais ses projets étaient impénétrables. Circulez il n’y a rien à voir. Pour mon jeune cerveau c’était inacceptable. Autrement dit, ils me demandaient une confiance aveugle dans un projet non dévoilé où mon salaire serait de me payer sur les victimes, enfin les clients ce qui veut dire la même chose. Ce qui m’affectait le plus était que je semblais le seul à penser ainsi. Serais-je le vilain petit canard tout noir dans la grande couvée blanche ? Pas facile à gérer quand on est ado. Cela se traduisait chez moi par un grand malaise et un manque total de motivation. Certaines phrases que je lâchais semblaient très inquiétantes comme : « Mieux vaudrait devenir un bandit de grand chemin que l’agent d’une société aussi stupide. » Je voyais bien que la nouvelle société dans laquelle mes parents n’avaient pas su s’intégrer était une nouvelle société industrielle où la machine remplaçait l’homme, l’animal et même la nature qui avait le grand défaut d’être gratuite. Je ne pouvais qui m’y opposer, mais comment, quand et avec qui ?  J’aurais eu besoin de savoir à l’époque quelle était la destinée, l’ambition et l’objectif de la nouvelle société industrielle américanisée et citadine telle qu’elle s’étalait fièrement sur les pages des grands magazines qui en faisaient la promotion. L’étude de l’histoire me fit découvrir les mouvements révolutionnaires mais curieusement je ne me sentais pas l’âme d’un terroriste ni d’un anarchiste ni d’un opposant. Je n’avais rien à opposer tant que je ne savais pas pourquoi ni qui ni comment ? Je ne comprenais pas quelle était la règle mais ça ne gênait personne autour de moi. C’est la vie disait-il. L’optimisme aveugle est insensé, quasi pathologique. Malgré mon isolement métaphysique et intellectuel je gardais un minimum de confiance en ‘‘ qui j’étais ‘‘ ce qui aujourd’hui me parait extraordinaire vu le désert de conscience que je traversais. Le seul côté positif et extraordinaire dont je me souviens, c’est que j’avais la certitude que ce désert aurait une fin. C’est vrai qu’aujourd’hui je suis surpris de la force qui était en moi à l’époque. J’avais parcouru en détail la guerre de 14-18 et connaissais dans les grandes lignes celle de 39-45, en particulier, la Shoah. Je n’apportais plus aucun crédit ni aucune confiance à une société qui avait été capable de produire deux guerres mondiales de suite. Même si la catastrophe avait été évitée pourquoi les institutions scolaires organisaient-elles un bourrage de crâne et surtout au service de quoi ? Rien ne garantissait que les mêmes causes ne produiraient pas les mêmes effets. Or les causes des deux guerres étaient comme zappées. Les deux grands boucs émissaires officiels étaient Bismarck et Hitler comme si deux personnes avaient pu provoquer ces drames. J’étais choqué par cette mascarade. Ils n’étaient que des pions c’était évident, mais entre les mains de qui ? Je considérais donc les enseignants comme de dangereux ‘‘ éducastrateurs ‘‘ munis de scalpels au service d’une intelligence invisible. Je n’ai su que bien plus tard que j’avais vu juste. Malgré ma résistance le poison de la pensée unique s’infiltrait petit à petit en moi quotidiennement. Je me sentais de plus en plus faible et il me fallait impérativement chercher des antidotes. Très tôt, à l’école, j’ai donc pris l’habitude instinctive d’avoir ma propre vie personnelle et mon propre petit laboratoire de recherche personnelle. Y étant enfermé je m’autorisais à élaborer petit à petit ma propre éducation et mes propres idées cueillies dans le domaine naturel. J’aurai pu devenir taciturne mais ce risque fut évité par la soupape libératrice de la pratique du rugby. Ce fut l’exutoire à mon trouble. Ceux qui auraient du me soutenir me paraissaient de plus en plus formatés et robotisés avec leur vocabulaire programmé et leurs idées fixes. Ils représentaient l’échantillon de ce que je pourrais devenir si je gobais quotidiennement à dose homéopathique ce poison culturel anesthésiant dont je ne savais toujours pas quelle officine l’avait concocté. Le plus angoissant fut plus tard à la faculté de voir mes camarades se préparer à servir le système en place pour y faire carrière. Mon choix de retrait dans cette mode progressiste me fragilisait beaucoup et me plongeait dans une sorte de paranoïa qui rendait ma vie très inconfortable et marginale. Ma seule lueur d’espoir à l’horizon était de constater que les évènements d’actualité prouvaient combien j’avais raison et que le système n’allait pas bien selon l’avis même des analystes dont je lisais les rapports alarmistes concernant le futur. Une alternance était-elle possible ?

    Vers un projet de vie
    Combien je pouvais comprendre le génie du prince Siddharta devenu le Bouddha. Il fut scandalisé dés son enfance par les conditions dramatiques de vie de ces compatriotes. Je veux évoquer par là toutes les cruelles déceptions qui ne manquaient pas de se produire en cascade autour de moi chaque fois qu’un échec se présentait, que ce soit la maladie, le décès, la perte d’emploi etc. Ces flèches empoisonnées venaient frapper des êtres qui fonçaient sur les routes sans savoir où ils allaient et en s’étonnant que des incidents surviennent. Pour assurer ma survie au quotidien, j’allais donc d’oasis en oasis. Ils s’avéraient souvent n’être que des mirages mais au moins un espoir momentané m’avait permis de faire un saut de puce. Dans ces années de ma scolarité j’étais émerveillé de ressentir l’optimisme irraisonné qui m’habitait, comme s’il existait caché en moi un autre garçon qui paraissait capable de ressources extraordinaires. Ce qui m’était donné comme exemple de réussite était le charme discret de la bourgeoisie qui était le rêve de mes camarades. Les uns rêvaient de carrière sportive, les autres de succès dans le commerce, d’autres dans la banque ou dans la fonction publique. Si le seul but était de pouvoir simplement se loger, se nourrir, se vêtir et aller en vacances, en quoi cela demandait-il de faire des études jusqu’à 25 ans ? Pour faire partie de l’élite me répondait-on ! Je manquais donc d’ambition. Pour ce projet là oui. Ce qui aurait dû être source de réconfort d’éclaircissement et d’ouverture vers mon projet de vie et un projet de société aurait dû être l’éducation religieuse. Comme vous le verrez dans le chapitre suivant, de 5 à 21 ans je me suis donné toutes les chances pour que l’enseignement religieux catholique puisse apporter des réponses à mes questions fondamentales sur le rôle que les humains voulaient donner à la société. Je n’ai jamais eu aucune réponse acceptable hormis la sempiternelle lutte du bien contre le mal et les exigences morales d’honnêteté et d’obéissance à une règle provenant d’une autorité absente. Imaginez une entreprise dont le patron serait toujours absent ? Voilà mon terrible constat à la fin de ma scolarité. Les projets du groupe social que nous formions et les perspectives religieuses étaient théoriques et sans réalité concrète. Tous les plans politiques constituent une série incohérente de décisions qui sont toujours en échec. La vie était donc absurde comme l’avait constaté Sartre et les nihilistes. Or rien chez moi ne pouvait adhérer à cette perspective. Et ce qui m’impressionnait le plus c’est que l’ensemble de mes camardes ne se posaient aucune question sur ce sujet de la finalité de notre monde, hormis quelques marginaux classés dans le rayon des artistes improductifs. Mes camarades étaient cependant tous curieux et avaient tous des projets pour leur réussite personnel dans la société, mais c’était hyper égocentrique et le plus à l’écart possible des embouteillages, selon la règle salutaire admise « Après moi le déluge ».

    7 questions fondamentales
    Je résume cette situation par 7 questions : des questions que je vais formuler et énoncer maintenant et que je ne formulais pas exactement ainsi entre 12 et 18 ans. Aujourd’hui avec le recul je sais qu’elles étaient potentiellement présentes.

    N° 1    Qu’est-ce que je fais sur cette planète ?
    N° 2    Pourquoi suis-je comme je suis ?
    N° 3    Pourquoi m’est-il arrivé ce qui m’est arrivé ?
    N° 4    Que va-t-il m’arriver demain ?
    N° 5    Puis-je espérer être vraiment heureux un jour ?
    N° 6    Comment faire pour être vraiment heureux ?
              
    Y a-t-il un code, un mode d’emploi ?
    N° 7    Quel est la destinée de l’humanité ?

    Même si j’avais pu à l’époque formuler clairement ces questions comme je viens de le faire, à qui j’aurais pu les poser de façon à avoir des réponses autres que dogmatiques. Il y a eu un petit évènement symbolisant ma différence : c’était durant la cérémonie de ma Confirmation. Devant l’Evêque le communiant renouvelle ses vœux de baptême. Il a ensuite le droit de poser une question à l‘Evêque. Mes camarades ne se précipitaient pas. Moi je l’ai fait en demandant ceci : « S’il vous plait Monseigneur, dans les Evangiles, Joseph est très présent lors de la naissance et de l’enfance de Jésus, mais ensuite lors des noces de Cana jusqu’à la crucifixion et même au-delà, Joseph n’apparaît jamais. Où est-il passé ? Pourquoi cette disparition ? » Quelle ne fut pas ma surprise de constater que devant une assemblée de 500 fidèles l’Evêque bredouillait une réponse, ce qui n’était pas habituel. Visiblement gêné il expliqua que c’était un sujet délicat et compliqué, inutile dans les préoccupations normales d’un jeune. Il me proposait de me faire transmettre une réponse circonstanciée par mon confesseur.
    Ma surprise fut plus grande encore d’apprendre dans les semaines suivantes que cette question avait fait polémique au sein des autorités catholiques locales parce qu’en fait personne n’en sait vraiment rien et que les quelques uns qui disaient savoir pensaient que c’était un sujet sensible à ne pas communiquer au public. On ne devait pas savoir qui avait été vraiment Joseph. L’Evêque m’a fait officiellement répondre que celui-ci de caractère humble avait préféré s’effacer pour laisser toute place à l’action de son fils. Cette réponse a rajouté une couche supplémentaire sur le manque de confiance que j’avais dans la capacité des autorités catholiques à être pour moi de bons formateurs. Une fois encore, je commençais à me dire qu’il y avait dans les Ecritures beaucoup trop de zones d’ombre, ce qui ne manquera pas de se confirmer plus tard. Dans les dernières années de ma scolarité, autour de 14/15 ans dans les classes de seconde, première et terminale, il y avait un frémissement chez ceux qui étaient prêtres et enseignants. Ils commençaient à ne plus vouloir porter de soutane. Beaucoup quittaient même leurs habits gris pour porter des vêtements clairs et des chemises ouvertes. Dans leur tête, il y avait un vent de réalisme. Je me souviens de ce prêtre enseignant qui s’est mis en tête de nous initier à la théologie moderniste de Teilhard de Chardin alors qu’elle était censurée par Rome. Pour la première fois j’avais du plaisir à apprendre. Je me rappelle ces années là comme des années d’espoir où tout n’était pas encore perdu. Je me souviens que les découvertes du grand jésuite, théologien, paléontologue et philosophe Teilhard de Chardin ont créé mondialement un remous dans lequel je me suis glissé. Voici quelques-unes des questions qu’il soulevait : Satan ne serait-il pas bêtement naturel ? Qu’est-ce que réellement Satan ? Le péché aurait-il donc aussi des vertus ? Il ne serait pas complètement inutile, il aurait un sens, donc il donnerait aussi un sens à celui qui initie le péché, c’est-à-dire Satan. En découvrant moi-même Montaigne, Rousseau, Voltaire et Montesquieu, je commençais à sentir une ouverture possible, une invitation à la réforme. Balzac, Hugo, Zola faisaient aussi courir un vent de fraîcheur sur les dogmes. Je n’étais pas quelqu’un capable de faire de grands raisonnements, je n’étais pas un philosophe en herbe, mais il y avait une vérité qui s’installait en moi petit à petit d’année en année. C’était que je ne voyais pas de fil conducteur entre la préhistoire, l’antiquité, l’histoire ancienne et moderne. Pourquoi brutalement l’antiquité avait succédé à la préhistoire quasiment du jour au lendemain ? Je commençais à avoir de gros doutes sur le fait que la préhistoire soit aussi vide. Les mythologies de l’antiquité étaient systématiquement remisées au rang de légendes imaginaires alors que je sentais intuitivement qu’une main invisible faisait l’histoire. Mais à qui aurais-je pu poser ce genre de question ? Dès que j’ai abordé en sciences naturelles les notions d’ADN et de l’infiniment petit avec les premiers microscopes électroniques, je découvris qu’en fait le soit disant vide était plein de particules vivantes. De même le vide sidéral était bourré d’éléments jusqu’alors invisibles. Je n’étais pas un génie mais je n’arrivais pas à comprendre que ces présences ne puissent être que le fruit du hasard. C’est dans ce contexte que l’année de mon bac est arrivée en 1967. Cette année a débuté pour moi par un miracle qui m’a indiqué que j’avais de la chance ou que j’étais protégé ce que je commençais à croire. J’ai échappé de justesse à un mortel accident de voiture. C’est un banal fait divers. Dans une brasserie surchauffée nous étions quelques très bons copains à chercher des compères pour réveillonner cette nuit de la Saint Sylvestre. Les négociations allaient bon train lorsque j’ai du impérativement aller au petit coin pour évacuer la demi douzaine des bières de l’après midi qui avaient fait descendre le copieux cassoulet du déjeuner. Comme j’avais été un peu long à cause de l’encombrement des lieux et de mes intestins j’ai eu la très désagréable surprise de constater avec incrédulité que mes camarades venaient juste de partir dans une grande Mercedes conduite par deux voyageurs belges qui leur avaient proposé de les conduire vers une auberge à la campagne. J’étais accablé par l’attitude exceptionnelle de mes bons copains qui me lâchaient de cette façon complètement incompréhensible et sans précédent. Pourquoi ne m’avaient-ils pas attendu alors que nous étions inséparables ? Je suis rentré chez mes ‘‘ vieux ‘‘ et ce fut une bien triste soirée pour moi. Le lendemain dans la journée j’allais aux informations pour apprendre que mes trois copains étaient tous aux urgences très sérieusement blessés. Les deux belges étaient morts dans leur véhicule broyé. Une fois rétablis au mieux, mais avec des séquelles irréversibles, mes camarades m’ont tous confié qu’ils pensaient que j’avais eu une chance extraordinaire. Ils ne comprenaient pas eux-mêmes pourquoi ils m’avaient tous les trois complètement oublié dans la brasserie ?

    Mais la vie a repris son cours et la date du bac est arrivée. Le succès au bac ne représentait aucun intérêt pour moi autre que la simple obtention d’un passeport pour l’université où je pourrais tranquillement faire plus librement mes propres recherches. Toutefois, il y avait un obstacle de taille, parce que j’étais en terminale l’un des derniers de la classe, une sorte d’épave scolaire. J’étais dans la catégorie Sciences Expérimentales dont les matières principales étaient la physique, la chimie et les sciences naturelles toutes dotées d’un coefficient 4. Victime d’un début d’alcoolisme, j’étais vraiment le dernier dans ces matières, à tel point que mes camarades ne voulaient pas à juste titre que je vienne parasiter leurs ateliers préparatoires à la grande épreuve. Donc ma probabilité de succès au bac était nulle. Paradoxalement à quelques semaines de l’échéance je me souviens avoir ressenti un optimisme serein quant à mes capacités de succès. J’aurai mon bac, je le savais. Je savais bien que j’allais réussir mon bac mais sans savoir comment. Je vais donc vous expliquer le miracle de mon baccalauréat et les conséquences qui en ont découlé. Je vous annonce d’avance que d’avoir réussi mon bac me fit mettre en examen.

    Mise en examen académique
     J’ai eu des notes bien au dessous de la moyenne dans presque toutes les matières mais l’essentiel était l’épreuve de physique. Or celui-ci était relativement tordu avec 2 pièges. Allez comprendre pourquoi ces pièges me sont tout de suite apparus et même la façon de les éviter ? Le sujet était sur l’optique. Sur la rétine de l’œil d’un sujet Il fallait mesurer la taille d’un objet extérieur. Son image était corrigée par une lentille. Etant moi-même myope je savais que le verre correcteur annule la pathologie et donc qu’il fallait considérer le problème comme si l’œil était normal et donc sans la nécessité de verre correcteur. C’était le premier piège. Je me suis ensuite abstenu de tout calcul compliqué. C’était le deuxiéme piège. Il consistait en une formule de calcul qui mesurait 3 cm sur le papier et qu’il fallait traîner depuis le début et tout au long du problème. Elle était composée de racines carrés et de puissances avec plusieurs inconnues. Pour ne pas avoir à traîner ce boulet, que j’étais bien incapable de traiter, j’ai simplifié la difficulté. Dès le départ J’ai mis la formule entre parenthèse et j’ai fait le devoir en 20 mn. J’ai encadré la réponse sous la forme ABCD d’origine et j’ai ajouté en dessous la mention suivante : « Si on veut obtenir une valeur chiffrée de la réponse, on remplace ABCD par leur valeur initiale. J’ai eu 17/20. Grâce au coefficient 4, j’avais un bonus de 28 points à valoir sur les autres matières plus faibles. Certains très bons élèves qui m’avaient refusé dans leur groupe n’ont pas eu leur bac à cause des pièges ci-haut détaillés. Ces élèves très en colère ont persuadé leurs parents que l’alcoolique avait triché, c’était une certitude. D’autant plus quand ils ont appris que j’avais eu la meilleure note de l’Académie. Trois mois plus tard ils sont allés en délégation auprès du chef d’établissement et ils ont convoqué mon professeur principal. Ils les ont persuadés de demander une mise en examen auprès du recteur d’Académie pour cause de tricherie avérée. L’Académie s’est fait tirer l’oreille, mais devant l’importance de ma note comparée à celles obtenues tout au long de l’année, le recteur a été convaincu qu’il y avait un problème. Alors que j’étais déjà installé à la Faculté de Toulouse, j’ai été informé de ma mise en examen et que j’allais pouvoir faire une croix sur ma vie universitaire si j’étais jugé coupable de tricherie. Je n’avais bien sûr aucune inquiétude sur la suite des évènements. De nombreux mois après un jugement de non-lieu m’a définitivement disculpé sans appel possible. J’étais le seul à avoir répondu de cette façon et le correcteur avait annoté cette observation : << L’élève apporte ici la preuve d’une maîtrise incontestable du problème en contournant habilement toutes les difficultés. Sa réponse friserait la perfection s’il avait chiffré sa réponse mais ce n’était pas indispensable. >> Pour en finir avec ce miracle, 2 ans après l’un des élèves qui avait été le fer de lance de cette cabale m’a dit ceci : « On sait que tu es un gros magouilleur, on sait combien tu es roublard, on ne saura jamais comment tu as fait, mais félicitation parce qu’on n’a pas pu trouver comment tu as fait. Bravo ! »  C’était sans importance mais la question plus sérieuse que je me suis posé était autre : << Qui m’avait guidé ?>> L’obtention du bac et les conditions décrites ici marquèrent une étape qui me propulsa hors de l’état dépressif où je végétais. Comme je me plaisais à le dire, ce bac m’avait fait passer sur l’autre rive du Rubicon, ce fleuve qui séparait Rome des légions menaçantes de César. De général il voulait devenir Empereur. Mon ambition à moi était moindre, je voulais juste apporter des réponses à mes 7 questions. C’est bien ce qui va se passer ensuite pour moi.

    La Faculté de Toulouse
    Les premiers mois à la faculté de Toulouse ont été joyeux et libérateurs, parce que c’était un nouveau monde que je découvrais. J’avais beaucoup de liberté et une grande facilité de lier des relations. J’avais même presque l’embarras du choix. Je pouvais accéder à des banques de données et m’introduire dans les milieux qui me plaisaient. Je bénéficiais du support des clubs d’étudiants de ma région d’origine ainsi que du lobby local que représentait le ballon ovale. Je ne connaissais encore rien de cette ville rose, ancienne capitale des Cathares, mais je la sentais naturellement rebelle. Ce pays avait toujours revendiqué une identité occitane très loin des ambitions parisiennes. Je ressentais aussi combien les montagnes Pyrénées créaient une attraction puissante qui commençait pour moi à devenir mystérieuse. C’était comme une force protectrice. J’ai commencé à la ressentir en marchant simplement quotidiennement dans les rues. C’était mes premiers ressentis de chaman. L’Espagne voisine était comme un pôle d’attraction. J’étais surpris de constater qu’un pays que je ne connaissais pas du tout parlait en moi et m’était aussi familier. Toulouse sera pour moi une source d’inspiration et d’enseignement qui durera 5 années de 1966 à 1971. Les premiers cours furent une grande surprise. J’étais inscrit en 1ère  année de fac de droit, option Sciences Economiques, je me trouvais tous les matins dans un amphithéâtre de quelques 400 étudiants. Ayant parcouru le programme de l’année, je me rendais compte qu’il n’était pas passionnant concernant mon projet. En revanche, la fréquentation des collègues pendant les intercours, au restaurant, ou au café, toutes ces relations, étaient très intéressantes parce qu’elles m’apportaient une précieuse ouverture sur différentes classe sociales et sur des stratégies auxquels je n’avais pas pensé jusqu’alors. Je découvris en effet toutes sortes de profils d’étudiants. Il y avait ceux qui étaient là pour faire plaisir à leurs parents, prêts à reprendre les affaires familiales. Il y avait ceux qui possédaient déjà un engagement politique et se préparaient à faire carrière. Il y avait aussi tous ceux qui ne s’intéressaient qu’à leurs études et travaillaient beaucoup. Ils prenaient peu de repos et avaient déjà un plan de vie très ambitieux. Je me suis donc posé de nouvelles questions telle que celle-ci : << Qu’est ce que je voulais faire de ma vie, qu’est ce que j’en attendais, et quelle filière je devais prendre pour m’y préparer ?>> Au bout d’un semestre de découverte, je constatais que mon plan n’était définitivement pas celui d’une carrière et je me retrouvais donc avec la même problématique que durant ma scolarité. Je réalisais tous les jours plus que tout projet demande une forte motivation. Tant que je n’avais pas compris dans quelle direction la société nous menait tous, j’aurais beaucoup de mal à y trouver ma place. Je ne possédais pas la noble docilité des moutons. Je commençais à comprendre ceux qui s’intéressaient plus à la politique qu’à leurs études. Par contre aucun programme ne m’attirait et ma culture en la matière était trop faible. Je me suis donc activé d’abord à comprendre les différents choix politiques possibles. Si je devais donner une image de ma première année je dirais que je me suis senti comme à pied, perdu sur une autoroute menant à la vie active. Par où commencer pour pouvoir trouver un jour ma place dans ce trafique. Donc à la fin de la première année je décidais que ce n’était pas des études traditionnelles que j’allais faire avec au bout un diplôme et un métier. J’allais enquêter dans tous les domaines qui me serviraient à bâtir une motivation correspondant à ‘‘ qui je suis ‘‘ .  C’était très vague encore mais j’étais déterminé à suivre mon intuition, qualité très peu sollicitée à cette époque en faculté.

    L’insurrection de Mai 68
    Ma première manœuvre a été de me préparer au métier qui me conviendrait le mieux et pour lequel j’avais le plus d’aptitudes. Il me faudrait aussi pouvoir rester libre afin de continuer mes observations. Ce serait une sorte de compromis entre la marginalité et l’implication totale. Il y avait une fonction qui correspondait : Représentant de commerce comme papa. Il me fallait pour cela une formation mixte de droit, de comptabilité, de commerce et d’économie. L’obtention d’un diplôme n’était pas indispensable parce qu’à cet époque cette fonction était moins technique que de nos jours. Elle demandait surtout des qualités de diplomatie et de plaisir du contact. C’est donc définitivement à ce métier que je décidais de me préparer sans jamais oublier d’apporter aussi un début de réponse à mes 7 questions essentielles. Les évènements de mai 1968 ont été une chance extraordinaire qui a influencé tout le reste de ma vie. J’ai beaucoup tiré profit de l’effervescence de l’été 68 d’autant plus que cette ville a été fidèle à son histoire. Elle s’est située à la pointe de la contestation. L’ordre établi y a volé en éclat pour flotter de nombreuses semaines au dessus des rues. C’est la seule ville de France qui a procédé dans son palais des sports à la création d’un gouvernement autonome séparatiste élu à 2000 mains levées à l’issu d’une nuit inoubliable. Ce gouvernement a été dans l’impossibilité de se mettre en place faute du soutien des institutions dont les fonctionnaires paniquaient. J’ai encore une fois vécu la dure réalité de la mise en place des projets mais j’en garde le souvenir ému d’un jeune homme qui a participé toute une nuit dans un amphi enfiévré à l’élection d’un rêve. Ce que je trouvais favorable c’est que j’avais fait les bons choix de livres puisque Lévi-Strauss et Marcuse étaient mes livres de chevet. Ce sont des livres difficiles qui touchent à la sociologie et concernent l’inconscient des sociétés humaines. Ils me faisaient prendre conscience que notre organisation en groupe crée une entité vivante et autonome que les allemands appellent ‘‘ Gestalt ‘‘ .  J’avais bien raison de vouloir découvrir qui j’étais et aussi qui nous étions collectivement. Sur ces deux pistes là je ne serai plus jamais ensuite au bout de mes surprises. Ce sont comme les deux piliers qui soutiennent le monde : le Moi et le Nous. Concernant les insurrections de Mai 68 à Toulouse je me suis trouvé aux premières loges tous les jours de Mai et Juin. C’était dangereux et passionnant bien que pathétique à cause des conditions de travail des pauvres CRS qui ressentaient bien qu’ils cognaient sur leurs enfants. Mais De Gaule avait dit de leur donner de la gnole et ça allait mieux avec ça. Je vais choisir un petit évènement qui illustre bien l’état d’esprit de la population dans la rue durant cette période très spéciale qui a fait que mai 68 a été un grand virage sociologique national et même européen. Voilà l’histoire de ce micro-événement très révélateur d’une prise de conscience explosive. Tous les jours à 14 h, comme un rituel, nous nous retrouvions entre étudiants dans un petit café à l’angle d’une petite rue odorante du centre. La plupart des clients y venaient jouer aux cartes. Le brassage social y était énorme. Ils y avaient là pêle-mêle des riches, des pauvres, des cultivés, des croyants et des mécréants. Des mystiques ascètes côtoyaient des sans abris avinés. Nous avions l’habitude de jouer au tarot avec la même équipe composée en plus de moi d’un autre étudiant, d’un retraité de la SNCF très volubile et d’un médecin en 2ème année toujours à la poursuite de son diplôme. Un peu surpris par la tournure politique des évènements récents le retraité SNCF posait beaucoup de questions ce jour là tout au long de la partie. Il ne comprenait pas les causes de cette révolte générale car le monde ne lui semblait pas en aussi mauvais état qu’on veuille le changer ? Nous lui avons expliqué simplement que les causes étaient la relation même des employés avec leur hiérarchie, un appel naturel à la cogestion et à la participation aux bénéfices etc. Ensuite l’un de nous souligna un facteur que je n’avais pas encore bien saisi. Il soulignait que les gens ne voulaient pas que gagner de l’argent, ils voulaient aussi être considérés et montrer qu’ils aimaient ce qu’ils faisaient. Ils voulaient qu’il y ait un lien plus important entre le plaisir de vivre et le plaisir de travailler. Ils voulaient une vie de qualité. Ce qui constitue l’évènement, c’est qu’en réponse à ce qu’il venait d’entendre le retraité de la SNCF a fondu en larmes. Au milieu de ses sanglots il nous a confiés qu’il n’avait jamais osé espérer pouvoir associer un jour sa carrière avec un quelconque plaisir de vivre et de travailler. La perspective que ces petits enfants puissent connaître un jour un tel monde le touchait beaucoup. Il n’y avait donc pas que les bas salaires qui motivaient ces insurrections. L’atmosphère dans cette ville en révolte était bien cette prise de conscience : Est-ce que nous ne sommes pas en train de rater tout simplement notre vie ? Entre deux sanglots ce retraité SNCF nous avoua à nous les jeunes qu’il avait probablement raté sa vie bien qu’il ait eu une carrière bien rémunérée comme cadre de cette grande entreprise nationale. Sa vie n’avait pas été ce auquel il avait rêvé. Cette sincérité et ces pleurs sont restés gravés pour toujours en moi comme le symbole de cette prise de conscience collective qu’a été mai 68. Même si après l’été le Grenelle mené par Pompidou est venu refermer le couvercle du chaudron où durant quelques semaines avait bouilli la potion magique de l’utopie des cœurs. Pour moi le regard de tous sur la finalité de notre société s’était bien aiguisé. Cette expérience était dans le droit fil de mon enquête. Je dirais en résumé que l’expérience que j’ai vécue m’a définitivement convaincu que j’avais tout à fait raison de ne pas vouloir m’investir dans une carrière opportuniste avec toutes les contraintes et tous les sacrifices exigés. Je ne me voyais pas bâtir une vie solide sur des sables mouvants. Mais ce n’était pas non plus pour autant que j’allais devenir la victime d’un système plus que douteux.

    Sous la protection des bons Pères Jésuites          
    Ma soif de comprendre le système trouva sa coupe quelques mois plus tard. Mon guide était-il encore intervenu ? Tout en continuant mes études je suis devenu maître d’internat salarié dans le plus grand collège de la ville qui s’appelait la Casulla. C’était un collège jésuite très prestigieux à cause de ces élèves triés sur le volet. Mes collègues y étaient quasiment tous des militants de droite, voire d’extrême droite, des fachos comme on dit. Mon hérédité avait plaidé en ma faveur. J’allais enfin savoir ce qui se cachait dans l’âme des amoureux du Maréchal. Mai 68 avait été très déstabilisant pour beaucoup de jeunes aristocrates et leurs parents. Il leur fallait retrouver une stabilité sereine qui ne les ferait plus gamberger sur une éventuelle autre crise sociale future alors qu’ils deviendraient eux-mêmes les responsables du système. Après 2 ans de faculté, je comprenais que n’ayant aucune ressource, étant entièrement financé sur les revenus limités de mes parents, ma mère ne travaillant pas, mon père ayant des difficultés de santé, j’avais des scrupules à peser autant sur le budget familial au détriment de ma sœur Anne. Une idée me vînt de résoudre ce problème financier en ayant un emploi, à temps partiel, comme beaucoup d’étudiants. Pour inaugurer ma nouvelle fonction je fus reçu dans un grand bureau par un jésuite au regard de feu et au menton levé dont le titre était Préfet des disciplines. Je découvrais qu’il cherchait à constituer une sorte de corps d’élite pour assurer la discipline et l’encadrement quotidien des élèves à l’étude, au dortoir, au réfectoire, et dans les cours de récréation. A cela s’ajouter l’entrainement dans la pratique d’un sport. Il cherchait des jeunes étudiants qui assureraient quelques 40 à 60 heures par semaine dont une partie de nuit et qui avaient un profil dynamique, autoritaire et bénéficiant d’une très bonne culture pour aider les grands le soir à l’étude. La motivation de la création de ce corps était la demande des parents qui sentaient venir le vent du libéralisme escorté d’un relâchement de la discipline. Répondant à la demande de sa clientèle de luxe l’établissement s’orientait vers un statut semi-disciplinaire. A la fin de l’entretien avec ce Préfet, proche de la retraite et auréolé de loyaux services, celui-ci révéla une lacune dans mon CV, à savoir que je ne pratiquais aucun sport de combat ce qui lui semblait indispensable en cas d’éventuel coup dur. Je me suis bien défendu en développant mes autres qualités et en lui démontrant que ma pratique du rugby faisait de moi quelqu’un qui pouvait avoir de l’autorité. Quant au coup dur je l’ai assuré ne pas être manchot s’il fallait en découdre et que ma formation était la bagarre de rue. C’était risqué mais il en fut rassuré. Quelques semaines plus tard, je fus confirmé dans cette candidature et je fus invité à m’installer dans mes quartiers. Ce fut le début d’une période courte et merveilleuse. L’organisation interne de la maison était excellente. Le corps des maîtres d’internat était très bien traité pour ne pas dire favorisé. Nous fréquentions des professeurs illustres dont certains étaient des prélats qui faisaient autorité à l’éducation nationale. Les élèves appartenaient tous à de grandes familles. Ils étaient destinés à devenir des cadres influents de la société future. Je découvrais que ce corps de mercenaires était constitué de gens charmants, dynamiques, actifs, qui avaient tous des facettes qui me rendaient très curieux de les connaître. Ils devinrent d’excellents camarades et j’étais loin de me douter que j’allais rapidement devenir leur leader avec un nom de code : << Gavilan >> .Cette expérience de 2 ans chez les Jésuites a été un épisode qui a fortement conditionné tout le reste de ma vie et qui l’influence encore. C’est dans ce haut lieu de l’éducation que s’est entrouverte pour moi la porte sur un secret qui me permettait de commencer à répondre à quelques-unes de mes 7 questions essentielles et principalement sur la nature des coulisses de la société.

    Faisons un peu d’histoire. L’ordre des Jésuites a été créé par un basque espagnol, Ignace de Loyola, en 1634. Ayant été nommé à la Paroisse de Paris, avec des collègues, il décida de fonder un ordre qui s’est appelé la Compagnie de Jésus et dont le but était l’enseignement catholique en réaction contre l’Eglise Réformée. En 2007, cet ordre comptait près de 20 000 membres répartis sur les 5 continents. La Compagnie de Jésus est un ordre international avec une structure identique à celle d’un ordre militaire. A sa tête gouverne un Père Général. Il reçoit ses ordres directement du Pape. Les zones d’influence de l’Ordre au niveau mondial sont découpées en provinces administrées par un Supérieur Provincial. Le collège jésuite de la Casulla était le siège d’une province qui représentait le sud de la France, la zone occitane et le nord de l’Espagne. Ma propre chambre était voisine des appartements du Supérieur provincial. Pour dire quelques mots sur l’histoire des Jésuites, disons qu’ils ont à leur actif d’avoir formé beaucoup d’hommes illustres. La particularité de beaucoup de ces hommes illustres selon Voltaire serait qu’ils influencent le monde politique d’une manière très habile et sournoise. On a toujours dit qu’ils étaient les inspirateurs de complots, à l’origine de renversements de gouvernements. Mais Voltaire qui les a bien observé dit aussi qu’ils sont unanimement reconnus pour la finesse de leur enseignement. Je me suis donc rendu compte rapidement que j’étais aux premières loges pour observer ceux qui allaient être les futurs cadres supérieurs d’un système que je ne comprenais pas, voire que je trouvais inquiétant. C’était un belvédère sur le monde et sur la société. Progressivement j’ai découvert un concept tout nouveau pour moi, celui des sociétés secrètes. Elles constituent tout simplement les coulisses et les ateliers du théâtre de la société humaine dont le commun des mortels est le simple spectateur à qui il est demandé d’applaudir. Il peut bien sûr siffler de temps en temps aussi. C’est ainsi que je découvris la société qui parraine l’ordre des Jésuites, l’Opus Dei. Parallèlement à leur fonction d’enseignement les cadres supérieurs jésuites sont secrètement recruteurs et organisateurs de l’ordre international secret dit Opus Dei dont ils sont issus.

    L’Opus Dei
    L’Opus Dei ou « Œuvre de Dieu » est officiellement une association indépendante de laïcs catholiques. Elle a été fondée en 1928 par un prêtre espagnol, Jose maria Escrivá de Balaguer, canonisé par le pape Jean-Paul II en 2002. En 1950, l'Opus Dei avait reçu une approbation officielle du pape Pie XII alors que l'Opus Dei comptait presque 3 000 membres. À la mort du fondateur en 1975 leur nombre avait atteint 75 000. En 2002, l'Opus Dei compte 87 000 membres dans 90 pays différents, répartis sur les 5 continents. En expansion constante elle avoisine aujourd’hui les 120 000 membres. Certains jésuites désignés organisent en secret l’encadrement de cet ordre laïc. Ils se livrent à un contrôle et une surveillance permanents sur les membres. Les témoignages des très rares démissionnaires ou exclus sont éloquents sur la discipline militaire à laquelle ils ont été soumis, y compris et surtout après l’annulation de leurs vœux. Comme me l’a dit le petit-fils de l’un de ces renégats : << Dans cette armée secrète au service exclusif du Vatican, les déserteurs ou bannis ne sont ni jugés, ni abattus, mais demeurent sous contrôle permanent jusqu’à leur mort. C’est un secret qu’ils portent comme une faute et qu’ils n’évoquent jamais même avec leurs proches >>. Les controverses autour de l'Opus Dei portent sur plusieurs points tels que : Son aspect secret, ses méthodes de recrutement, les règles strictes qui gouvernent ses membres, l'élitisme et l'affairisme dont elle fait preuve, la proximité et le soutien supposés à des gouvernements d'extrême-droite tout du moins jusqu’à la fin du 20e siècle et l'influence qu'elle aurait sur le Pape et toute l'Église catholique en général. L'Opus Dei est notoirement répertorié comme secte. J’ai mieux compris le problème le jour où Je me suis procuré avec difficultés un exemplaire des statuts de l’ordre réservés aux seuls membres. En résumé il y est dit que seuls pouvaient être membres des candidats fervents catholiques possédant une fortune minimum d’une dizaine de millions d’euros d’aujourd’hui. Par acte notarié secret le nouvel adepte doit faire de l’ordre son légataire universel. De plus cet élu doit avoir une profession libérale qui le rend influent dans l’une des branches actives de son pays : C'est-à-dire la finance, l’industrie, la santé, la politique, l’enseignement, la recherche, le commerce, les médias, la culture, la publicité etc. Il se disait à l’époque que pour la France l’adepte le plus élevé aurait été Raymond Barre, rien que ça ! La participation de l’initié aux travaux de l’ordre doit rester secrète, il ne doit jamais signaler son nom lors des réunions, ni connaître les noms d’aucun autre membre. Les documents internes ne mentionnent que des numéros et des grades. Dans leur vie publique les initiés doivent toujours nier leur appartenance à l’ordre et ne doivent obéissance qu’à leur hiérarchie directe, elle-même soumise aux seules volontés du pape. Il est même précisé que l’ensemble des membres ne doit se sentir concernés par aucune directive de la hiérarchie catholique locale ou régionale, excepté le pape lui-même qui est leur seul vrai supérieur. Les buts sont donc clairement désignés : Donner à la papauté sur les 5 continents des moyens d’agir en matière de politique, de finance, de commerce, d’industrie et de recherches technologiques. C’est clair, l’église de Rome ne veut pas se limiter à prêcher la bonne parole, mais veut aussi exercer à sa façon une gouvernance de l’humanité. Cet aspect là de la religion ne fait jamais objet de publication en dehors des petits cercles autorisés.

    Je venais donc de découvrir quelques mois après ma prise de fonction que j’étais hébergé, nourri, logé par une institution de très grand pouvoir au sein de laquelle j’allais pouvoir apprendre l’essentiel dont j’avais besoin pour satisfaire à ma curiosité. C’était une situation tellement idéale pour moi que je me suis demandé une fois encore si celui qui m’avait guidé pour passer mon bac n’était pas encore intervenu ?

    El Gavilan
    Concernant le corps de mercenaires d’élite en charge de la discipline, j’étais celui qui était le moins cultivé et le moins actif politiquement. Comme je ne voulais pas être en reste, je mis les bouchées doubles pour m’éduquer et tenter de comprendre ce qui caractérisait les différentes branches de la droite française dont les membres étaient nombreux dans la région de Toulouse. Il y avait majoritairement des réfugiés pieds noirs qui avaient été propriétaires d’immenses territoires au Maghreb. Ils étaient évidemment très antigaullistes et ne désespéraient pas qu’un jour ils pourraient disposer d’une place plus importante dans le pays. Il y avait une branche plus mystérieuse pour moi qui était les royalistes qui s’estimaient avoir le sang bleu et un rôle à jouer le moment venu. Je découvrais aussi les maurassiens très proches de ce qu’avait été le pétainisme et là j’étais très intéressé puisque comme je l’ai déjà dit ma famille avait été très conditionnée par cette idéologie. Une extraordinaire occasion s’offrait là pour comprendre les motivations profondes de ma famille maternelle. Il y avait aussi un jeune mouvement ancêtre de l’actuel Front National. Enfin Il y avait aussi une branche plus marginale mais non moins dangereuse, les fascistes ou phalangistes, admirateur de Franco, de Mussolini. Le dernier groupe qui était le plus étonnant pour moi était hyper minoritaire mais ne se dissimulait pas, c’était les néo-nazis. J’éprouvais un complexe d’infériorité par rapport à tous ces collèges très éduqués politiquement. Je surjouais donc mon rôle en essayant de cacher mes lacunes. Ma réaction fut celle de prendre les devants chaque fois qu’il y avait une action politique possible, ce qui ne manquait jamais dans les alentours du collège et en particulier à la faculté. Nous étions invités souvent à des conférences de divulgation, à des meetings, à des distributions de tracts, du service d’ordre, et des campagnes d’affichage. Pour compenser mon déficit, j’étais toujours le premier à me proposer pour ce genre d’activités. Mais le hasard a voulu, lors d’un déplacement en groupe à la faculté, que je prenne une initiative spontanée. Dans le grand hall de la faculté de droit, j’ai pris les devant en entrainant le groupe et en hurlant : « pas de politique à la fac » et j’ai renversé l’une des tables d’un mouvement gauchiste. Nous étions quelques mois après mai 68 et tous les mouvements intellectuels étaient encore sensibilisés par l’espoir suscité et c’est comme si tout recommençait encore. Le résultat de cette initiative a été de voir le groupe me suivre et à son tour renverser toutes les tables et mettre un beau désordre. Nous étions une dizaine. Un journaliste de la presse locale était présent et cet évènement a créé une vive émotion dans les mouvements de gauche parce qu’ils ne savaient pas nous identifier. Le lendemain nous avons eu droit à un article avec photo surmonté du titre : << un nouveau mouvement inconnu détruit les stands gauchistes à la faculté au nom de <<Pas de politique à la fac>>. L’article, d’une dizaine de lignes continuait en disant : <<… Ce commando non identifié devrait probablement être un nouveau mouvement d’extrême droite en formation. >> C’était vrai cet article inaugurait la création d’un nouveau groupuscule régional baptisé de mon nom de code << El Gavilan>> c'est-à-dire ‘‘ L’épervier ‘‘ ce petit rapace qui se tient en altitude et fonce sur sa proie le moment venu. Ce nouveau commando fasciste était composé d’une bonne partie du corps d’élite des pions du collège et s’est appelé depuis ce jour-là « la bande del Gavilan ». J’étais considéré comme le stratège qui inspirait les actions régulières de ce groupe qui a eu un certain succès à cette époque auprès de l’extrême droite Toulousaine. Plusieurs faits d’armes sont à notre actif dont certains très spectaculaires ont fait la une des journaux. Le côté positif de cet évènement et de ce qui en a suivi, c’est que je n’avais plus besoin de souffrir de mon insuffisance politique puisque j’étais devenu Le Chef du commando et que mes glorieux succès m’ouvraient les portes des cercles très fermés de l’extrême droite de la région, me permettant ainsi d’avoir une connaissance très approfondie de ce qu’elle était.

    Afin de maintenir ce leadership de chef de bande, j’ai dû faire preuve d’imagination assez régulièrement, en trouvant des actions qui ne soient pas trop risquées mais suffisamment consistantes. Je ne m’étendrais pas sur le détail des opérations pour diverses raisons bien compréhensibles. Certaines furent regrettables d’autres plus rocambolesques. Ce qui est remarquable c’est que nous avons bénéficié de l’accord tacite des jésuites et des forces de police qui voyaient d’un bon œil qu’un groupe de militant s’engage au service de leurs idées. J’ai eu l’honneur d’avoir une ultime mission émanant de la direction nationale des ‘‘ Russes blancs ‘‘ regroupant les familles de l’aristocratie russe : ils me proposaient un stage de trois mois à Moscou dans l’été 1971 après m’avoir préparé des contacts avec des étudiants russes qui devaient me confier des écrits qui auraient été publiés en France. C’était par cette voie que les premiers écrits de Soljenitsyne par exemple sont arrivés aux USA. Mais c’est là où s’est terminée mon action au service de l’extrême-droite parce qu’arrivé à Paris, la veille du contact, j’ai réalisé que cet épisode ne représentait plus aucun avenir pour moi. Mon guide secret était intervenu pour stopper cette expérience dangereuse. J’avais complètement atteint mon but qui était d’être un temps dans la peau de mes ancêtres. Je ne me sentais plus aucune affinité avec cette idéologie. J’ai donc décidé sans autre explication de ne pas donner suite. Mais pendant 3 ans jusqu’en 1974 j’ai eu droit à une surveillance régulière et discrète de la part d’agents pour découvrir ce que cachait ma désertion étrange.

    Des illustres élèves
    Après vous avoir parlé du groupe des pions que j’appelle « les mercenaires », j’attire votre attention sur un groupe aussi intéressant que constituaient les élèves de ce grand collège. Je surveillais les classes supérieures et faisais équipe avec un collègue pied noir colossale et très énergique. Les élèves étaient très cultivés, ils faisaient tous partie de familles illustres, dans l’industrie, le commerce, la finance, le monde politique ou la santé. Certains sont médiatiques aujourd’hui tel ce grand garçon blond, sympathique, avec lequel j’ai eu une relation presque amicale, Dominique de Villepin. C’était un jeune timide et pétri d’intelligence. Tout le monde le considérait comme surdoué. Il ne s’intéressait qu’à ce qui lui plaisait ; il  « zappait » certaines matières en récoltant des notes faibles, mais il était capable de passer un temps très important sur des thèmes qu’il aimait, comme la vie de Napoléon. Les professeurs d’histoire étaient souvent inquiets parce qu’il faisait des remarques sur leur enseignement. Les professeurs n’aimaient pas trop cela. Il y avait aussi Philippe Douste-Blazy déjà charmant et discret. Il y avait aussi Dominique Baudis dont la famille depuis des générations était à la municipalité. Je vois aujourd’hui à la TV quelques autres têtes et noms de ce temps là. Les relations avec les élèves étaient obligatoirement bonnes et positives puisque nous étions chargés de les aider et de les coacher. Nous étions formés au quotidien par des briefings musclés du Préfet de Discipline car nous devions être « des mains de fer dans des gants de velours ».

    L’ombre d’un théorique Gouvernement Mondial Occulte
    Un autre grand intérêt de mon passage dans ce collège fut l’accès à sa bibliothèque et la conversation avec certains pères qui avaient une très grande culture. Ce fut l’occasion pour moi d’approfondir ma connaissance des coulisses et de la machinerie du grand théâtre de notre société. Je voyais, au fil de mes lectures, s’esquisser la silhouette d’un monstre qui me paraissait de plus en plus redoutable de par sa puissance mais surtout à cause de son immersion totale dans les caves et greniers de notre monde. Je commençais tout juste à deviner l’existence et l’étendue de l’occultisme, l’ésotérisme et l’élitisme, des sociétés secrètes, véritable monde parallèle au notre, et le gouvernant avec habilité dans tous les domaines. Ainsi pour illustrer quelques unes de mes découvertes les plus importantes, en matière de théologie par exemple, parallèlement à l’Evangile et à la Bible considérés comme des documents de vulgarisation réservés au grand public, je découvrais schématiquement qu’il y avait trois grandes branches historiques dans la direction du monde depuis sa genèse qui était elle-même bien antérieure à la Bible et sur lesquelles ne s’était greffé que très récemment le courant des Jésuites.

    La Voie Centrale créa Sumer. Elle est appelée aussi la Voie de Seth, dans laquelle ont œuvré des demi-dieux nommés dans les écrits secrets : Marduch, Bal, et Satan avant qu’il ne trahisse.

    La Voie hébraïque monothéiste, voie secondaire post diluvienne remontant à l’époque de Babylone, dite, voie de la Cabbale, du Talmud et plus tard de la Bible et du Coran sur lequel se sont greffés très récemment les Jésuites en opposition avec Jérusalem et pour consolider Rome.

    La Voie rebelle d’Enki-Ea, interdite et associée à Lucifer. Elle est issue des époques antédiluviennes. Se trouvaient dans cette ligne d’inspiration les dieux Hermès, Toth, Amon, Râ, Osiris, Horus et encore Satan après sa trahison de la voie centrale.

    Je réalisais que ces notions sont complètement censurées dans le monde profane. Ces trois sources originelles de notre monde moderne se sont retrouvées dans trois types d’écoles secrètes travaillant en parallèle à structurer et conduire le monde dans une très vive concurrence de pouvoir allant jusqu’aux conflits armés violents par l’intermédiaire de ‘‘ prêtes nom ‘‘ illustres qui occupent nos livres de l’histoire officielle.

          L’antique Ecole babylonienne des Mystères
          L’antique Ecole Cabalistique Hébraïque
          L’antique Ecole Egyptienne des Mystères

     Ces institutions secrètes toujours actives ont inspiré dés le début de notre ère la majorité des sociétés secrètes maçonniques, rosicruciennes et religieuses. D’après ce que j’ai compris dans cette illustre bibliothèque de la Casulla c’est que l’élite romaine s’était aperçue par exemple que la tradition cabalistique hébraïque n’était pas favorable au développement de Rome et voulait en être séparée. Les Jésuites espagnols nommés ‘‘ Alumbrados ‘‘ associés ensuite aux fameux ‘‘ Illuminés ‘‘ issus de l’Ecole Egyptienne des Mystères décidèrent au 17e siècle d’influencer les ordres maçonniques modernes pour fonder la Grande Fraternité Blanche. Toutes ces notions étaient assez confuses à l’époque pour moi mais me permettaient de comprendre que derrière la réalité quotidienne et le lavage de cerveau du catéchisme donné en pâture aux foules incultes, il y avait bien une très puissante organisation secrète du monde qui servait un certain objectif non moins secret et que je n’allais pas découvrir tout de suite. Je comprenais aussi beaucoup mieux qu’elle pouvait être la nécessité de l’Opus Dei d’avoir une élite fidèle pour agir concrètement dans toutes les branches de la société. En résumé, ayant découvert la réalité de ces trois grandes branches antédiluviennes sur lesquelles s’est greffée la Compagnie de Jésus complétée par l’Opus Dei, je voyais que toutes ces branches convergeaient de nos jours vers ce qu’on pourrait appeler le Gouvernement Occulte Planétaire ou mondial. C’est cette réalité historique qui donne aujourd’hui une certaine crédibilité à la théorie dite ‘‘ du complot ‘‘ au sujet duquel personne ne comprend rien. Selon certains jésuites si le public connaissait la vraie genèse et les organisations concurrentes qui se partagent la gouvernance du monde, il provoquerait un chaos fatal entrainant la fin du monde. A une certaine époque l’homme fut bridé génétiquement et selon eux il serait impératif de continuer ce ‘‘ réglage biologique ‘‘ pour éviter la catastrophe. J’ai eu aussi accès à un organigramme planétaire qui présentait un organisme central très secret appelé la table ronde, ordre maçonnique recrutant aujourd’hui principalement dans les pays anglo-saxons. J’ai vu des organismes internationaux satellites tels que les Nations Unies, le Club de Rome, un groupe très énigmatique et puissant, le Groupe Bilderberg, mais aussi le Royal Institute for International Affairs (sous l’influence des Windsor), la Commission Trilatérale et le Council on Foreign Relations. Autre détail important : les Jésuites n’hésitaient pas à trouver favorables que les textes théologiques fondateurs soient non pas calqués sur une quelconque réalité mais soient plutôt adaptés à la psychologie des populations enseignées. Les Jésuites en ce sens se trouvaient être les maîtres de l’adaptation. Je pense que ces qualités que j’appellerais celles du caméléon sont à la base du synonyme créé dans le langage commun qui considère comme ‘‘ jésuite ‘‘ tout ce qui est manipulateur.
    Je découvrais donc que contrairement à ce qui aurait pu paraître scandaleux la manipulation des textes fondateurs servant de guide aux fidèles étaient considérée par les Jésuites comme indispensable. C’est leur spécialité. Dans cette logique, on pourrait aller jusqu’à dire que tout texte fondateur correct doit être un texte ‘‘ positivement ‘‘ falsifié pour être adapté au receveur. Je me souvenais de la non-réponse qui m’avait été faite par l’Evêque lors de ma confirmation suite à la disparition de Joseph dans les Evangiles. Je tenais de la bouche d’un ancien Jésuite à la retraite qui avait donc du recul sur sa carrière, qu’il devait y avoir autant de niveaux de compréhension que de niveaux sociaux. A la base le catéchisme est un enseignement rudimentaire adapté à la compréhension des masses non cultivées. Ensuite des textes un peu plus élaborés sont mieux adaptés pour des couches de cadres plus éduquées et ainsi de suite de façon à ce que la religion soit sans le dire une religion de castes qui correspondait à l’organisation même de la création. Si le saucissonnage de la vérité est noble pourquoi le tenir secret ? Un autre problème conséquent était le pouvoir absolu que s’octroient ces organisations contournant ainsi tout contrôle démocratique surtout si le réseau reliant ces sociétés secrètes couvrait toute la planète et depuis longtemps. J’en avais le vertige en imaginant les conséquences. Ce que je découvrais là voulait simplement dire que sur la grande scène du théâtre de la vie terrestre se donnait quotidiennement une pièce comique ou tragique qui n’était donc pas du tout la vérité de Dieu mais bien celle d’hommes cachés tirant les ficelles du décor depuis des coulisses secrètes. Pour illustrer cette découverte et concernant l’enseignement, je découvrais que beaucoup d’ouvrages officiels de l’éducation nationale avaient été faits ou étaient en train d’être élaborés par les Jésuites.

    La noosphère de Pierre Teilhard de Chardin ou le cerveau collectif
    Je comprends mieux pourquoi Teilhard de Chardin a été censuré par ces paires. Il a tout simplement manqué de discrétion selon le principe que toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire. Il a levé un peu le rideau sur les coulisses. Il est remarquable dans le sens où il a été le premier catholique à faire le lien entre la foi, le christianisme et la science. Tout du moins a-t-il cherché à le faire. Il a cherché à faire le lien de toutes les composantes du phénomène humain qu’il conçoit originellement comme une étape de l’évolution planétaire, menant à une convergence qu’il baptise la noosphère. Voici ce que je considère comme l’apport le plus important à notre époque de Teilhard de Chardin et ce en quoi son œuvre m’a aidé à continuer mes recherches quand je suis monté à Paris. Depuis l’Antiquité, en passant par le Moyen Age époque où la rotondité de la terre a été acceptée, le concept de conscience collective globale était reconnu. Les peuples ont toujours eu ainsi conscience d’appartenir à un groupe. Le concept de conscience planétaire et cosmique est plus difficile : il ne s’agit plus d’un groupe tribal, mais d’un groupe appartenant à une planète.
    C’est ce que Teilhard a nommé noosphère pour l’époque contemporaine : elle serait le lieu de l’agrégation de l’ensemble des pensées, des consciences et des idées produites par les cerveaux des hommes constituant l’humanité et ce à chaque instant. Cette notion qui repose généralement sur des conceptions plus philosophiques que scientifiques, fut l’objet de débats très vifs. Elle est à rapprocher de l’inconscient collectif freudien ou jungien qui inconscient le serait de moins en moins avec l’évolution des connaissances et aussi de la force de l’archétype qui, selon Jung, aurait une action sur les individus et sur le groupe, par la seule force du symbole imaginaire. Cette notion des relations entre le groupe et les individus le constituant a été reprise par les psychologues allemands dans le concept de la Gestalt ou psychologie de la forme. L’une des lois les plus connues de la Gestalt est que la somme des éléments d’un tout constitue un ensemble indépendant de ces éléments. Il présente à lui tout seul des caractéristiques nouvelles. Autrement dit les lois d’un groupe sont indépendantes de celles des individus qui le composent.

    Cet ensemble composé des énergies émises par les cellules vivantes rappelle un autre concept important, les champs morphiques ou morphogénétiques, ainsi que le difficile concept des archives akashiques.


    Citons Teilhard de Chardin : « l’avènement de l’homme marque un palier entièrement original d’une importance égale à ce que fut l’apparition de la vie : on peut le définir comme l’établissement sur la planète d’une sphère pensante nouvelle, la noosphère. En elle, l’immense effort de cérébralisation qui commença sur la terre juvénile va s’achever par une symbiose consciente et convergente au profit de l’organisation collective ». C’est à ce niveau que Teilhard situe l’intellectualité et l’esprit. Selon lui, l’impression d’être un individu unique provient du fait que les différentes parties du cerveau communiquent souvent, rapidement et avec un fort débit d’informations entre elles. Doit-on s’attendre à un changement qualitatif similaire à un changement de phase constatée par les physiciens en laboratoire quand, par exemple, une différence minime de température fait passer l’eau de l’état liquide à l’état de vapeur, Teilhard pense que oui et que les frontières du Moi cessent à partir d’un certain débit d’échange. Le Jésuite va même jusqu’à supposer que cette augmentation technique du couplage fusionnel entre les individus s’accompagnent d’une solidarité croissante de fait et que celle-ci possède des caractéristiques qui sont exactement celles de l’amour qui anime tout groupe naturel s’il n’est pas manipulé par la peur. La noosphère prépare, selon lui, l’avènement du Christ cosmique qui n’est que la reproduction d’une réalité bien plus ancienne et qui est innée à la nature humaine. Déjà au début du 20e siècle Teilhard se faisait remarquer en annonçant la globalisation que nous connaissons aujourd’hui. Il a conceptualisé sa noosphère comme un ensemble d’énergies constituant une pellicule de pensées enveloppant la terre et composée de l’ensemble des communications humaines. Selon lui, après une longe période d’hominisation faisant suite aux différentes créations de l’Adam vient une période plus courte mais très puissante de l’humanisation. Les interconnexions amplifiées et en développement exponentiel des communications humaines constituent une sorte de supra-humain dans une sorte de cerveau collectif, cerveau qui participe à la création d’une supra-conscience dans laquelle l’ensemble des petits cerveaux des individus peuvent puiser une connaissance essentielle. Il associe ce développement ultra-rapide des siècles que nous traversons en disant que les consciences individuelles vont faire le même saut quantique que les molécules du physique qui en s’assemblant sont passé brutalement de l’inerte au vivant. Il cite dans ses œuvres Louis Pauwels autre ami d’Henri Miller qui disait « la chenille qui interroge son futur s’imagine super-chenille ». Et Louis Pauwels ajoutait « comment pouvait-elle deviner qu’elle deviendrait papillon ? » Teilhard rajoute « rien dans l’univers ne saurait résister en un nombre suffisamment grand d’intelligences groupées et organisées telles que le devient l’humanité moderne ». Il disait de cette humanité moderne qu’elle se rassemblait pour accéder au niveau divin ; ce point de convergence il le nommait Point Omega, ou le Point de la fin du temps qu’il situait au début du 21e siècle.


    La où Teilhard a franchi la ligne rouge, vis à vis du Vatican, c’est qu’il a associé les lois naturelles à celles du divin.

    Pour Teilhard, la Nature telle que nous la voyons et au-delà des notions de bien et de mal est du domaine religieux. Il semblait bien en lisant entre les lignes de Teilhard que le diable, le démon, Satan n’existait pas. Le mal, en polarité, était l’opposé du bien comme le noir est le pôle opposé du blanc. C’est ainsi qu’en 1962, le Saint Office chargé du respect du droit pour le monde catholique met en garde contre les idées tendancieuses de Teilhard. Dans un document officiel, le Saint Office dit : ‘‘ Il apparaît clairement que ces œuvres fourmillent de telles ambiguïtés et même d’erreurs si graves qu’elles offensent la doctrine catholique. En conséquence, les Pères de la Congrégation Sacrée du Saint Office exhortent tous les supérieurs d’instituts religieux chargés d’enseignements ainsi que les recteurs de séminaires et les présidents d’université catholique à défendre des esprits, particulièrement ceux des jeunes, contre les dangers des ouvrages de Pierre Teilhard de Chardin et de se disciples. ‘‘ Pour citer quelques phrases retenues par le Saint Office comme inacceptables se trouve celle-ci : « l’homme n’est pas ce centre statique du monde comme il se l’est longtemps imaginé. La vie se propage sur terre comme une pulsation solitaire et autonome. C’est à partir de cette onde unique qu’il s’agit maintenant d’aller jusqu’à l’homme et si possible jusqu’au-delà de l’homme ».
    Autre citation censurée : « lorsqu’en tout domaine, une chose vraiment neuve commence à poindre autour de nous, nous ne la distinguons pas. Mais rétrospectivement les choses nous paraissent surgir alors toutes faites ». Ce qui m’a semblé en interrogeant les Jésuites de ce collège, c’est qu’ils ne critiquaient pas tant la liberté d’étude et d’expression de leur confrère, mais ils lui reprochaient de communiquer sans nuance à l’ensemble des castes sociales les résultats de ses recherches alors qu’il aurait dû les laisser d’abord à l’appréciation de la hiérarchie de l’ordre. Il avait péché, selon eux, par orgueil.

    Teilhard et internet
    L’humanité tendrait donc ainsi vers une fusion solidaire. Teilhard prédit donc une unification croissante des activités intellectuelles et spirituelles de la planète, comme un processus de convergence de l’humanité vers un seul point Omega, de même que les activités humaines se sont unifiées dans les processus des sociétés de civilisation ou celles des cellules dans les organismes. Simplement parce que les gains d’efficacité y conduisent aussi sûrement que par exemple des questions de potentiel conduisent une réaction chimique à se produire ou aussi que des atomes fusionnent si la température s’y prête. Karl Jung va dans ce sens avec son idée de sentiment océanique des peuples. Le développement actuel des médias classiques engendre une certaine agitation intellectuelle qui va dans le même sens. Ce sera à la fin du 20e siècle, le développement d’Internet et l’idée de noosphère redeviendra d’actualité. Teilhard est ainsi considéré aujourd’hui comme l’un de ceux qui a permis de penser Internet. Ce concept de noosphère sera d’ailleurs à l’origine du nom même d’une société française de connexion câblée nommée : NOOS. La toile planétaire qu’est Internet peut être considérée comme le nouveau système nerveux de la noosphère. Une grande quantité d’informations accessibles à l’humanité entière peut être partagée à double sens par tous. La maîtrise et le contrôle d’Internet représenteront à la fin du 20e siècle un enjeu stratégique très important pour le projet de mondialisation, la meilleure ou la pire des perspectives selon le but qui lui est donné. Toute la question est là. Nous pouvons mieux comprendre maintenant les causes de la condamnation de Teilhard de Chardin par l’Eglise. Pour les mêmes raisons, nous verrons plus loin comment le Gouvernement Mondial Occulte est passé maître dans ce domaine de la gestion du groupe humain par la science cachée des ondes de forme collectives et des symboles archétypaux. Il réussit à empêcher très facilement le potentiel humain d’élever sa conscience collective et individuelle. Nous pourrions donc dire ainsi que ce qui est appelé le Gouvernement Mondial Occulte a non seulement compris ce que voulait dire Teilhard dans sa convergence vers un seul point Omega, mais qu’il fait tout, en ce début du 20e siècle, pour empêcher cette convergence et les effets désastreux qu’elle représenterait pour sa stabilité.

    Rien d’étonnant à ce que la science de la gestion des masses ne soit que très prudemment enseignée car elle est l’art connu par nos très hauts dirigeants qui sont les seuls à savoir créer pour leur bénéfice à partir de nos propres pensées collectives.

    Nous verrons en effet plus loin que cette connaissance est réservée à une élite jalouse de son privilège qui consacre toute son habileté à l’injection de pensées en mode basses fréquences et possédant une charge émotionnelle forte (peur, colère, frustration) selon la formule : « dites moi ce que vous pensez et ce dont vous avez peur et je vous dirai précisément ce que vous allez devenir ensuite ». Voilà le formidable enseignement reçu dans cette noble maison des bons Pères. J’ai pris conscience que la société humaine dans laquelle j’étais amené à travailler tous les jours de ma vie, était composée schématiquement de deux parties bien distinctes :

    Une élite secrète et noble composée de différentes familles qui se querellent entre elles.

    Une masse profane et ignorante
    organisée en strates qui est encadrée avec intelligence, amour ou brutalité selon son mérite, tel un noble et précieux bétail producteur d’énergie.

    Je ne dirai pas que cette découverte me plaisait car elle me terrorisait.
    Ma satisfaction venait d’avoir découvert les structures cachées du vrai pouvoir et d’une sorte de coordination mondiale de forme pyramidale. Choqué je réalisais que ma croyance catholique n’était qu’une sorte de propagande idéologique faite pour les nuls. Je ne pouvais plus blâmer mes ancêtres maternels car j’étais dans le même sac, un rat parmi les rats. Cet abandon de ma vie toulousaine n’allait pas se passer sans déchirure. J’avais une relation amoureuse sans nuage avec Estelle pour qui mon aventure n’était pas compréhensible. Pour elle, j’étais un Don Quichotte à l’assaut de chimères. Profondément en moi, je savais que mon but était légitime, noble et bien réel, que je ne pouvais pas envisager de vie sans aller au bout de ma quête. Je me sentais envahi par une fièvre permanente de découverte. J’en savais trop et pas assez à la fois. Les Jésuites m’avaient levé un voile sur une possible organisation secrète de la société, mais j’étais loin d’avoir tout compris et pour cela, il fallait que j’aille vers ce que j’appelais à l’époque l’axe du monde, axe sur lequel tournaient toutes les autres sphères. Comme je l’ai dit précédemment, le Noël 1971 a mis fin à mon épisode toulousain par ce cadeau inattendu de la venue de l’Oncle Albert.

     

     


    Tags Tags : , , , , , , , ,
  • Commentaires

    1
    jean
    Dimanche 13 Mars 2016 à 12:40

    Bonjour, je suis vraiment enthousiasmé au sujet de votre témoignage.Moi je suis à la recherche d'une école de Sagesse dans le but de m'accomplir complétement .En effet j'ai reçu une vision me concernant comme suite: "toi viens ! je te désigne comme roi...Lève tes yeux et regarde le peuple que tu vas gérer...Attends, je vais te préparer par les grands savants afin que tu puisses par la suite être un redoutable roi" . je vous demande en suppliant de me guider dans une organisation secrète réputée  dans le domaine plus précisément en CORSE, l'île de la France afin de donner un sens à mon existence

      • Lundi 14 Mars 2016 à 15:32

        Bonjour Jean

        Selon mon expérience et mes observations, le temps des Ecoles est révolu car le temps de l'apprentissage terrestre a fait un pause depuis les années 80. Depuis ces années là la société humaine fait une sorte de bilan général de ses connaissances, de ses acquis et de ses expériences. Le résultat est très mitigé. Il y a des pans entiers de nos coutumes bien établies qui sont nuisibles et en voie de réforme en passant par un abandon rapide.

        Cette période de respiration et de réflexion générale concerne autant les groupes humains que tous les individus.

        D'autant plus que nous découvrons que c'est le système solaire avec même la galaxie qui traverse ce temps de pause et d'analyse avant de reprendre un deuxième souffle dans les décennies et siècles à venir.

        Tous ceux qui ne ressentent pas cette pause s'en trouvent très perturbés. Ils se demandent avec anxiété ce qui se passe de si étrange sur cette planète ? Mais comme la base même du fonctionnement d'une société sur une planète n'a jamais été clairement enseignée, cette vision n'étant pas inscrite dans notre culture, alors cette pause engendre comme une immense émotion générale.

        Concernant votre recherche personnelle, elle n'est pas dissociée de cette situation.

        Comme le dévoile votre vision intime, chacun, indépendamment du groupe, est incité à la découverte de son identité, de sa nature, de sa feuille de route, de son origine, au delà même de sa condition humaine qui n'est bien sûr qu'un costume de scène.

        Pour prendre une métaphore je dirais que chacun de nous les humains est structuré biologiquement comme un vaisseau spatial voyageur. Ce qui en est vu de l'extérieur est très loin de rendre compte fidèlement de sa réalité fonctionnelle avec ses grandes capacités. C'est pour cette raisons que lorsque cette entité humaine quitte ce plan terrestre, c'est un grand mystère pour tout son entourage. D'où vient-il et où va-t-il ?

        Pourquoi le temps des Ecoles est révolu ? Parce que lors de cette pause, c'est tout le vaisseau qui reprends son autonomie. Pour prendre une autre métaphore, c'est comme le temps des vacances. Un cycle de l'année scolaire est terminé. Il va y avoir un temps de réflexion. Ensuite une autre période commencera.

         

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :